Syrie

Les négociations sur le départ de Bachar el-Assad n’aboutiront pas

Selon un ministre syrien, le régime serait prêt à discuter d’un départ de Bachar el-Assad dans le cadre des négociations avec l’opposition. Mais pour les experts et l’opposition, cette proposition arrive trop tard

Un ministre syrien a annoncé mardi pour la première fois que le régime était prêt à discuter d’un départ du président Bachar el-Assad dans le cadre de négociations avec l’opposition en vue de régler le conflit ensanglantant la Syrie depuis plus de 17 mois.

Cette annonce surprise, faite à Moscou par le vice-premier ministre et ministre du Commerce syrien Qadri Jamil, est intervenue alors que les combats font rage dans le pays, surtout dans la ville stratégique d’Alep où soldats et rebelles ont chacun affirmé avoir gagné du terrain.

«Pendant le processus de négociations, rien n’empêche d’étudier toutes les questions et nous sommes prêts à examiner même cette question», a dit Qadri Jamil, interrogé sur un départ du pouvoir de Bachar el-Assad lors d’une conférence de presse organisée après un entretien avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Il a toutefois estimé que poser «la démission de Bachar el-Assad comme condition pour ouvrir un dialogue signifie qu’il est impossible d’ouvrir le dialogue». L’opposition exclut tout dialogue avant le départ du pouvoir de Bachar el-Assad, dont la famille gouverne la Syrie depuis plus de quatre décennies.

La proposition arrive trop tard

De l’avis des experts et de l’opposition, cette proposition de négociations arrive trop tard et n’a quasiment aucune chance d’aboutir face à la violence du conflit qui déchire le pays. «C’est une nouvelle manœuvre dilatoire, le régime a fait le choix de la solution militaire et n’en sortira pas, jusqu’à sa chute. Quant à la Russie, elle n’a jamais été sérieusement intéressée par une sortie en douceur», affirme Thomas Pierret.

Pour ce maître de conférence au Département des études islamiques et du Moyen-Orient de l’Université d’Edimbourg, en Ecosse, «la Russie a d’abord appuyé la solution militaire en pensant qu’elle réussirait, comme en Tchétchénie, puis quand elle s’est rendu compte de son erreur, il était trop tard, le régime était condamné».

Selon des sources politiques à Damas, Qadri Jamil a discuté à Moscou d’un projet d’organiser une élection présidentielle anticipée avec la participation de tous les candidats qui le souhaitent, y compris Bachar el-Assad, sous une supervision internationale. Mais cette candidature est refusée par les Etats-Unis, les Européens et plusieurs pays arabes.

«Le régime ne peut organiser de telles élections car le résultat serait une humiliation pour El-Assad, une véritable exécution politique. On ne peut pas espérer faire un résultat électoral décent après avoir détruit la quasi-totalité des villes du pays. En outre, l’organisation d’élections supposerait que le régime contrôle l’essentiel du territoire national, ce qui n’est plus le cas», a ajouté Thomas Pierret.

De la propagande pour gagner du temps

Ce sentiment est partagé par Rime Allaf, une autre experte de la Syrie. «Qadri Jamil s’est soit trompé, soit il s’agit d’un exercice de propagande pour montrer que le régime veut sauver le pays, et tout cela pour gagner du temps», estime cette chercheuse à la Chatham House de Londres.

«La ligne du régime a toujours été d’affirmer que nous voulons le dialogue mais Assad est intouchable. De toute façon, c’est trop tard, il ne peut plus y avoir de dialogue avec tous ces massacres», souligne Rime Allaf.

Pour les responsables de l’opposition, aussi, il s’agit d’une manœuvre dilatoire. «Chaque fois que le régime veut gagner du temps, il appelle au dialogue mais il ne pense pas un seul instant mettre un terme à la guerre contre son peuple», a indiqué à l’AFP Bourhane Ghalioun, l’ancien chef du Conseil national syrien, la plus importante coalition de l’opposition à Bachar el-Assad.

«Si le régime était sérieux dans sa proposition de dialogue, il arrêterait la guerre. Tout cela ne vise qu’à duper l’opinion publique internationale en faisant croire qu’une réforme est possible, mais dans la réalité, l’armée continue à bombarder les villes syriennes et à commettre des massacres», dit-il. «Sur le terrain, il n’y a plus de retour en arrière pour l’opposition», a-t-il souligné, en raillant l’éventualité d’une élection présidentielle pluraliste anticipée.

Pour les Comités locaux de coordination (LCC), qui animent la protestation sur le terrain, «la proposition du régime d’élections anticipées, alors que des centaines de milliers de Syriens sont déplacés, qu’il y a des milliers de morts et de blessés qui ne peuvent être soignés dans les hôpitaux, est tout simplement insultante». «Nous n’avons aucune confiance dans ce régime. Il faut que ce régime et ses représentants s’en aillent. C’est le minimum que l’opposition puisse demander avec tous les morts sur le terrain», estime son porte-parole Omar Idelbi.

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