«La Russie sait-elle seulement ce qu’elle veut?»

Les pourparlers entre le président russe, Vladimir Poutine, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande, se poursuivaient vendredi soir au Kremlin. Rien n’a filtré de leurs discussions ni des «propositions absolument nouvelles» évoquées jeudi soir par le directeur adjoint de l’administration présidentielle ukrainienne, Valeri Tchalii. Des sources diplomatiques indiquent que les propositions sont basées sur les 12 points de l’accord de Minsk signé en septembre 2014. Un accord assorti d’un cessez-le-feu, salué à l’époque comme l’amorce d’une solution politique. L’espoir s’était rapidement évaporé sous le feu des forces pro-russes, élargissant armes en main le territoire sous leur contrôle.

Huis clos tendu

François Hollande, Angela Merkel et Vladimir Poutine avaient la mine longue durant les maigres deux minutes accordées aux journalistes pour photographier l’événement. Ni eux, ni leurs entourages n’étaient disposés à desserrer les lèvres avant la fin des discussions. Elles ont démarré par un huis clos d’une heure entre les trois chefs d’Etat. L’heure suivante s’est déroulée dans un format élargi, chacun assorti de deux conseillers. Fait notable, Vladimir Poutine a choisi Vladislav Sourkov, figure controversée, considéré comme le cerveau du système politique russe, d’où il a éliminé toute concurrence pour son chef.

Sur la touche ces trois dernières années, Vladislav Sourkov est revenu dans le jeu politique, cette fois dans un rôle international. Son rôle de négociateur clé avec Kiev dans le conflit actuel l’a rendu extrêmement impopulaire dans les rangs des séparatistes pro-russes partisans de marcher sur Kiev. Mais Sourkov n’est pas non plus une colombe. Son retour en faveur auprès de Poutine devrait donner du fil à retordre aux négociateurs européens, déjà fort perturbés par les intentions du président russe. «Sait-il seulement ce qu’il veut? Nous en doutons», lâchait une source diplomatique, peu avant le début des négociations. «Il se comporte en tacticien, mais sa stratégie paraît brouillonne.»

Cette nouvelle initiative européenne intervient alors que Washington caresse sérieusement le projet d’armer Kiev, afin de rétablir l’équilibre militaire contre des séparatistes pro-russes armés par Moscou. Elle est aussi la réponse à une lettre de Vladimir Poutine envoyée à Merkel et à Hollande, a révélé jeudi le secrétaire d’Etat américain John Kerry, lors d’une visite à Kiev. Une information confirmée de source diplomatique européenne. Peu satisfaits des projets russes, les deux chefs d’Etat européens ont préparé des contre-propositions, qu’ils ont d’abord fait connaître au président ukrainien, Petro Porochenko, avant d’affronter Vladimir Poutine.