L'opposition de l'Afrique du Sud aux plans américains pour l'Afrique a jeté une sérieuse ombre sur la tournée du président Bill Clinton et sur l'ensemble de la politique africaine de Washington. M. Clinton est arrivé dimanche à Gaborone, la capitale du Botswana, cinquième étape de sa tournée de onze jours dans six pays africains, après une visite de trois jours en Afrique du Sud qui n'a pas été un succès politique.

Le président sud-africain Nelson Mandela a en effet exprimé sans ménagement l'opposition de Pretoria à la loi «sur la croissance et l'opportunité en Afrique», qui constitue l'axe de la politique américaine vis-à-vis du continent et l'essentiel du message de M. Clinton durant son périple. La Maison-Blanche avait mis en avant la formule choc «Trade, not Aid» (le commerce, pas l'assistance). Mais ce slogan a provoqué une levée de boucliers dans certains milieux aux Etats-Unis et parmi les dirigeants de plusieurs pays africains. C'est pour cette raison, indiquait-on de source américaine, que M. Clinton et son entourage ont décidé de rectifier le tir dans leurs déclarations, la ligne officielle étant maintenant que commerce et aide ne sont pas contradictoires.

M. Clinton a conclu sa visite en Afrique du Sud en assistant, en compagnie de son épouse Hillary et du leader noir américain Jesse Jackson, à une messe dans le ghetto noir de Soweto, en périphérie de Johannesburg. Auparavant, il avait promis de demander au Congrès américain d'accroître l'aide en faveur de l'Afrique à un niveau historique de 830 millions de dollars (environ 1,2 milliard de francs) par an, au lieu des 700 millions de dollars (un milliard de francs) actuels.

Une nouvelle radio pour l'Afrique

Peu après son arrivée au Botswana, Bill Clinton a annoncé le prochain lancement de «Radio Democracy for Africa», un nouveau service de la radio d'Etat Voix de l'Amérique (VOA) dont le but sera de promouvoir la démocratie et les droits de l'homme sur le continent au sud du Sahara. Cette nouvelle division de la VOA diffusera vingt-deux heures et demie de programmes par semaine en neuf langues à destination de 19 pays, dont le Nigeria, que les Etats-Unis accusent de violations répétées des droits de l'homme, et la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), où de nombreux opposants sont en prison et où les partis ne peuvent opérer.

Cette radio, a précisé la Maison-Blanche, aura notamment pour tâche de promouvoir la solution des conflits en informant des efforts visant à la réconciliation et des événements comme les activités du Tribunal pénal international pour le Rwanda, qui siège à Arusha (Tanzanie). Elle fournira aussi «des informations de type humanitaire» et renforcera «l'architecture de la société civile» en informant sur les activités des ONG, poursuit le document de la présidence.

Au cours de son séjour au Botswana, M. Clinton compte non seulement rencontrer les autorités du pays mais aussi, participer à un safari photo au Parc national de Chobe, connu pour sa faune exceptionnelle. Sans doute, M. Clinton en profitera-t-il pour s'accorder quelques instants de répit face aux nouvelles attaques dont il est la cible dans le cadre de ses démêlés pour harcèlement sexuel. Les avocats de Paula Jones, qui poursuit l'ancien gouverneur de l'Arkansas, ont en effet porté plainte samedi contre lui pour obstruction à la justice et rétention d'informations. Ils lui reprochent de ne pas avoir fourni les lettres de Kathleen Willey, troisième femme à accuser le président de gestes déplacés.

LT/Agences