Le 11 février 1990, Nelson Mandela sortait de la prison Victor-Vester, à Paarl. La presse internationale célèbre l’icône, avec les réserves qui s’imposent quant aux désillusions vécues par l’Afrique du Sud post-apartheid.

C’était il y a vingt ans. Le 2 février 1990, le président sud-africain Frederik de Klerk prononçait la levée de l’interdiction de l’ANC et de plusieurs autres organisations anti-apartheid (texte intégral sur le site de Die Welt). Il annonçait aussi la libération prochaine et sans condition de Nelson Mandela, celui qui est devenu aujourd’hui la «conscience de la nation» pour l’ex-quotidien socialiste de RDA Neues Deutschland.

«Plutôt réputé pour ses positions conservatrices», de Klerk, avec ce discours devant le Parlement, «crée la surprise», analyse le site Affaires stratégiques. «Mais le pays qui vit sous le régime de l’apartheid depuis 1948 subit de plein fouet les sanctions économiques internationales. Il connaît aussi une situation sociale critique, particulièrement dans les banlieues noires pauvres, les townships. La fin de l’apartheid semblait donc inévitable, et Frederik de Klerk avait engagé dès son arrivée au pouvoir des négociations avec Nelson Mandela et son parti, l’ANC.»

La libération du leader noir est effective le 11 février et retransmise en direct par les caméras du monde entier, dont celles de la BBC, visibles sur YouTube. Le jour même, ce dernier fait un discours à la nation depuis l’hôtel de ville du Cap. Il y déclare son engagement pour la paix et la réconciliation avec la minorité blanche du pays, mais annonce clairement que la lutte armée de l’ANC n’est pas terminée, comme l’écrit alors le Journal de Genève (lire également ci-dessous): «Notre peine et notre colère sont fortes. Mais ne nous laissons pas provoquer par ceux qui cherchent à nous priver de la liberté», selon les paroles historiques rappelées par La Tribune d’Algérie.

L’autre Infrarouge, celui de la chaîne publique France 2, consacrera ce jeudi (à 22h45) un documentaire à l’ex-président sud-africain, dont on dit qu’il nous dévoile «l’homme qui se cache derrière l’icône» et que l’on voit vivre en filigrane dans le dernier livre d’André Brink, Mes Bifurcations, écrivain qui «embrasse le destin de ce pays et de ceux qui s’y sont rassemblés, pour le meilleur et pour le pire», selon le Samedi Culturel du 06.02.2010. Le quotidien panarabe saoudien Asharq al-Awsat écrit à ce propos que le soft power instauré par Mandela n’eut d’égal que le «nuclear power» dont il usa pour se débarrasser de ses ennemis.

Aujourd’hui, «l’Afrique du Sud connaît une vie démocratique intense, mais une grande partie de la population est toujours plongée dans la misère», déplorent l’ Irish Examiner et L’Express: «Beaucoup de Noirs sud-africains continuent de vivre dans une extrême pauvreté dans des bidonvilles sordides», alors que l’ANC «avait promis emplois, logements et soins médicaux pour tous». Pire: «La délinquance est répandue dans le pays qui affiche l’un des taux de violence les plus élevés au monde» et qui «doit également faire face au plus grand nombre de cas de HIV/sida». Ce, alors que «le simple fait d’entendre son nom évoquait la promesse d’une nouvelle Afrique du Sud», dit le chanteur Johnny Clegg – qui «a fait connaître la cause de Nelson Mandela et la musique sud-africaine dans le monde entier» – sur le site Le Cawa d’AdmiNet.

Dans ce contexte, indique le portail canadien Cyberpresse, Mandela «est vénéré à l’image d’un intouchable saint» – une expression également utilisée par le Telegraph – et «toute spéculation sur sa santé déclinante est farouchement démentie par la Fondation qui a repris son nom et son œuvre», Nelsonmandela.org. Le «cherished ideal», selon les termes de la BBC, 91 ans, auquel Courrier international consacre un important dossier remontant jusqu’à 1997, vit «retiré dans une banlieue cossue de Johannesburg», écrit Reuters France: «L’icône de la lutte anti-apartheid protège jalousement sa vie privée, limitant ses apparitions au strict minimum» et selon de lourdes habitudes protocolaires décrites par The Independent. Celui que La Nación du Costa Rica voit comme «un symbole de la liberté et du pardon» ne participera d’ailleurs pas, selon les sites sud-africains IOL et du journal The Star, aux festivités prévues jeudi dans les murs de son ancienne prison, à Robben Island.