La brutalité des milieux d’extrême droite continue d’augmenter. « Le potentiel de violence des néonazis ne doit pas être sous-estimé », souligne le ministre de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich, qui vient d’annoncer une hausse en 2012 de 2% des violences d’extrême droite et de 4% pour les délits. « Il y a une chose qui m’inquiète particulièrement. La peur du passage à l’acte a diminué », a-t-il ajouté.

Un bilan inquiétant qui arrive à trois semaines du procès de cinq terroristes de l’organisation « Clandestinité national-socialiste » (NSU). La principale accusée est Beate Zschäpe, âgée de 37 ans, accusée d’avoir participé à l’exécution sommaire de huit Turcs et d’un Grec entre 2000 et 2006, et d’une policière en 2007.

Dans cette affaire, les Allemands ont été scandalisés par les dysfonctionnements de leur service de renseignements (RG). Les enquêteurs n’ont jamais évoqué la piste néonazie, privilégiant des règlements de comptes « entre Turcs ». Ils ont traumatisé plusieurs familles de victimes soupçonnées, lors d’interrogatoires, d’être mêlées à des trafics de drogue.

Comment a-t-on pu laisser courir impunément ces terroristes - pendant dix ans - sans qu’ils ne soient jamais inquiétés par la police ? L’ancien ministre de l’Intérieur de l’époque, le social-démocrate Otto Schily, a reconnu sa « responsabilité politique » devant la commission d’enquête parlementaire, sans pour autant en dire plus. Beate Zschäpe, qui faisait partie du noyau dur de la NSU, serait en mesure de faire la lumière sur ces dysfonctionnements. Mais la terroriste refuse de parler.

Au lieu de faire la lumière, les RG donnent l’impression de vouloir cacher la vérité. Pourquoi une partie des archives sur cette affaire a-t-elle été broyée ? Disposaient-ils d’indics dans le réseau ? Si oui, comme l’affirment certains journaux, étaient-ils au courant des exécutions et pourquoi n’ont-ils rien dit sur les agissements des néonazis ? « Nous voulons tout savoir », a insisté Wolfgang Wieland, le porte-parole de la commission d’enquête parlementaire.

La mauvaise préparation du procès donne l’impression que la justice allemande cherche, à son tour, à étouffer l’affaire. Faute de place dans la salle d’audience, les médias internationaux seront priés d’attendre dans les couloirs. « La distribution des places s’est faite selon le principe du premier inscrit, premier servi », a justifié la porte-parole du tribunal du Munich, qui ne semble pas avoir saisi la dimension du procès.

En signe de solidarité, le journal populaire « Bild » et la télévision publique ARD ont décidé d’offrir leurs places à des journalistes étrangers. Mais le tribunal a refusé le « marchandage ».

L’attitude rigide de la justice allemande a mis le gouvernement d’Angela Merkel dans l’embarras. Toute la classe politique réclame une solution pour qu’un accès à la presse turque soit assuré (les victimes étant majoritairement d’origine turque). « Avec ce procès, nous voulions montrer au monde entier que l’Allemagne veut faire la lumière sur cette affaire. Ce n’est pas le cas », critique Cem Özdemir, co-président des écologistes.

De son côté, le gouvernement Merkel se montre peu déterminé à lutter contre la violence des néonazis. D’un côté, il a refusé une nouvelle procédure d’interdiction du NPD, un parti néonazi financé sur des fonds publics. A l’approche des élections de l’automne, Angela Merkel a préféré se soumettre aux arguments de son allié libéral. Le FDP estime qu’une démarche en justice n’a aucune chance d’aboutir. « On ne peut pas interdire la bêtise », a lâché Philipp Rösler, le président du FDP.

Enfin, la tentative du gouvernement de suspendre les aides financières au programme „Exit“, qui offre aux néonazis la possibilité de quitter les milieux d’extrême-droite, confirme le manque d’intérêt des conservateurs et des libéraux à lutter contre l’extrême droite.

Le racisme continue de faire des morts en Allemagne. Depuis la Réunification, les néonazis ont tué 62 personnes pour des motifs racistes. Selon les ONG, le bilan s’élève à plus de 150. Dans les régions de l’Est, les néonazis continuent d’autoproclamer des zones interdites aux étrangers (« no go area »).

La précédente procédure d’interdiction du NPD avait échoué en 2003. Les juges de la Cour constitutionnel de Karlsruhe avaient estimé à l’époque qu’une interdiction n’était pas possible sur la base d’informations rapportées par des indicateurs. Cet échec avait tourné au camouflet politique pour le gouvernement social-démocrate de Gerhard Schröder