Même si la chancelière Angela Merkel a voulu voir «un rejet de la coalition rose-rouge», sociaux-démocrates et ex-communistes, dans les élections régionales de dimanche à Berlin, c'est surtout l'arrivée du NPD au Landstag, le parlement, de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale qui inquiète la presse allemande et les observateurs.

L'extrême droite néonazie a réussi non seulement à faire élire cinq députés au parlement de Schwerin, la capitale du Land, mais, plus subrepticement, elle s'introduit aussi dans quatre des douze conseils d'arrondissement de Berlin. Or, après son entrée au parlement régional de Saxe, il y a deux ans, avec 9,2% des voix, le NPD confirme sa stratégie visant à transformer en bastion les Länder de l'ex-Allemagne de l'Est, les plus touchés par le chômage et l'exode des jeunes. Même si le parti extrémiste ne passe par la barre des 5% sur l'ensemble de Berlin, il développe dans les quartiers les plus défavorisés la tactique qui lui a réussi jusqu'à présent: faire élire ses représentants dans des conseils locaux, des conseils de parents d'élèves pour y recueillir notoriété et respectabilité.

Dans le «Meck-Pom», le NPD ne dispose que d'environ 200 membres, mais bénéficie aussi d'un environnement favorable grâce à la présence de clubs regroupant quelque 600 skinheads ou de Kameradschaften néonazies dans toutes les villes côtières, du côté de Rostock ou Stralsund.

Les dirigeants du NPD, eux, se sont installés dans une demi-douzaine de localités de l'ouest du Land, à quelques dizaines de kilomètres de Hambourg, et s'y sont bien intégrés. Ils quadrillent ainsi une région influente.

Thèmes populistes

Ils sont jeunes, la plupart des candidats avoisinent 32-35 ans. Vendeurs, agents immobiliers, ils semblent représentatifs de la classe moyenne, comme la tête de liste locale, Udo Pastör, 52 ans, bijoutier. Un leader qui n'hésite pas à reconnaître que le terme néonazi lui correspond bien, «si l'on veut dire par là penser national et agir socialement». A la télévision, ils portent costume et cravate et se veulent rassurants. Mais leur président régional, Stefan Köster, 32 ans, agent d'assurances, a été condamné cet été pour lésions corporelles graves commises en bande.

L'apparence des dirigeants du NPD se veut respectable, les thèmes de campagne tournent autour de la diminution des jetons de présence des députés, contre la fermeture d'écoles, pour la suppression des centres de réfugiés: des thèmes populistes. Mais la campagne a été très dure, avec menaces et violences physiques de la part des skinheads.

Le «Meck-Pom» est une région désindustrialisée, d'où les jeunes les mieux formés se sont exilés à l'ouest. Dans certaines villes, le chômage touche un tiers des habitants. L'alcoolisme sévit. «Ici, désormais l'extrémisme de droite ne rencontre plus de résistance. Le civisme qui devait soutenir la société s'est évaporé», note un animateur du «team pour la démocratie et la culture». Près de un jeune de moins de 24 ans sur six vote NPD, même phénomène chez les chômeurs. Mais les plus gros bataillons d'électeurs sont fournis par les déçus de la CDU et non, comme on pourrait le penser, par les anciens communistes.