Les néonazis se déguisent parfois en hipsters

L’histoire

Avant, il était facile d’identifier un néonazi: rangers, crâne rasé, blouson de cuir, tatouages dans la nuque. Mais les choses se compliquent. Car voici qu’au nazi pourrait succéder le «nipster», un nazi déguisé en hipster. Le phénomène du nazi amateur de plats végétaliens, portant barbe, pantalons taille basse et sacs de jute pour transporter ses commissions est apparu au début de l’année, lorsqu’un jeune néonazi – armé d’un sac de jute – a fait son apparition lors d’une marche en l’honneur d’un camarade décédé à Magdebourg, en ex-RDA. Depuis, le phénomène semble prendre de l’ampleur, inquiétant les politologues.

«Derrière ce nouveau concept se cache une scène néonazie s’intéressant à la mode. L’idéologie restant la même», résume la politologue Birgit Jagusch. Les services de renseignement ont eux aussi noté une tendance de l’extrême droite à endosser les tenues à la mode dans les centres urbains, pour gagner en discrétion. Dans leur rapport 2013, les renseignements allemands citent le portail internet d’extrême droite Altermedia: «Il faudrait enfin changer de priorités, et s’adresser à un plus large public. Les marches funèbres et les cérémonies en mémoire de nos héros ne nous font pas gagner de nouveaux sympathisants, tout au plus quelques nostalgiques de plus.»

Archétype de ce nouveau mouvement, Patrick Schröder, qui se présente comme «le gentil néonazi». Il tient sur Internet une émission hebdomadaire baptisée FSN.tv s’intéressant à la politique et à la culture pop et placée sous observation par l’Office de protection de la Constitution de Bavière. Parmi les intervenants, le chansonnier Frank Rennicke, figure de l’extrême droite allemande, deux fois candidat au poste de président de la République pour le parti d’extrême droite NPD. Interrogé sur ses méthodes éducatives avec ses six enfants, Frank Rennicke se dit «libéral en matière d’éducation, et contre l’endoctrinement, même si certains patriotes ne seront pas d’accord avec moi».

«Si la définition du nipster est quelqu’un qui peut vivre dans la société dominante, alors, à mes yeux, c’est tout l’avenir de notre mouvement», aime à dire Patrick Schröder. Les nipsters ont même leur cours de cuisine, sur YouTube. Deux hommes masqués, vêtus de pantalons beiges et d’un t-shirt aubergine présentant les contours du visage d’Hitler donnent leurs recettes sur «Balaclava-Küche», recommandent d’utiliser des produits régionaux, de préférence bio «pour éviter les insecticides et les transports qui polluent la planète». L’un de leurs slogans: «N’achetez rien qui vienne d’Israël!»