En Grèce, «il est exclu de réduire les pensions»

Europe Le ministre grec de la Sécurité sociale explique pourquoi Athènes résiste à Bruxelles

La Grèce aurait un système de sécurité sociale, et notamment de retraites, trop généreux. Ses créanciers, qui lui en font le reproche, lui demandent une triple réforme: un allongement de la durée de cotisation, un report de l’âge de départ à la retraite et une diminution des pensions. Alors que les négociations entre Athènes et Bruxelles s’enfoncent dans l’impasse, le ministre grec de la Sécurité sociale, Dimitris Stratoulis, explique pourquoi son gouvernement refuse d’obtempérer.

Le Temps: Comment expliquez-vous le déficit de la sécurité sociale?

Dimitris Stratoulis: Ce déficit est le fruit des politiques d’austérité appliquées ces cinq dernières années. Durant cette période, les salaires ont baissé de 35 à 50%, le chômage est passé de 9% en 2009 à 27% en 2014 et de nombreuses entreprises n’ont plus été en mesure de payer leurs cotisations. Dans le même temps, le marché du travail est devenu plus flexible. Tous ces facteurs ont contribué à diminuer les recettes de la sécurité sociale.

Le système grec des retraites est-il trop généreux?

– Sûrement pas. Après la baisse de 30 à 50% qui a affecté les pensions ces cinq dernières années, la retraite moyenne s’élève à 665 euros et la retraite complémentaire moyenne à 168 euros. La moitié des retraites sont ainsi d’un montant inférieur au seuil de pauvreté. De notre point de vue, cette question est liée à celle de la croissance du PIB. Si on ne remplace pas la politique d’austérité par une politique favorisant l’emploi et la hausse des salaires, il n’y aura pas de solution au déficit de la sécurité sociale.

Ne faudrait-il pas élever l’âge du départ à la retraite?

– Cet âge est fixé à 67 ans, ou à 62 ans après quarante années de cotisations. Il est hors de question de le repousser encore.

Quelles réformes êtes-vous prêts alors à réaliser?

– Nous voulons nous donner les moyens de trouver les patrons qui ne paient pas leurs contributions ou qui pratiquent le travail au noir. Ce qui suppose de renforcer les contrôles publics, notamment de créer une liaison électronique entre les caisses de sécurité sociale et les entreprises. Nous avons aussi proposé la régularisation des arriérés auprès des caisses en 100 mensualités. En deux mois, nous sommes parvenus à un accord pour la régularisation de 5 milliards d’euros de dettes. Nous venons enfin de fonder une caisse de la richesse nationale et de la sécurité sociale. Cette institution pourra exploiter les ressources naturelles terrestres encore non exploitées et les biens immobiliers de l’Etat. 70% des bénéfices dégagés seront investis dans la sécurité sociale qui aura ainsi une quatrième source de financement aux côtés de l’Etat, des salariés et des entreprises.

Comment comptez-vous lutter davantage contre le travail non déclaré?

– Il existe un corps de 600 fonctionnaires qui exercent des contrôles principalement à Athènes. Je vais proposer au parlement une mesure pour que les directeurs des caisses de sécurité sociale disposent de moyens de surveillance, surtout pendant la période touristique qui voit exploser le travail non déclaré et la fraude aux cotisations.

Les mesures que vous exposez risquent de creuser les déficits publics. Or, c’est précisément ce que veulent éviter les créanciers de la Grèce…

– Nous cherchons à obtenir le contrôle public du système bancaire. Ainsi sera créée une banque d’investissement publique pour financer les petites et moyennes entreprises du secteur privé. C’est dans notre programme.

Est-ce possible dans le cadre de l’euro?

– Nous nous y efforçons. Mais nous sommes confrontés à Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, qui nous oppose les règles de la zone euro.

Sur quoi les négociations avec les Européens bloquent-elles?

– C’est une question politique: ils sont néolibéraux, nous sommes de gauche.

Espérez-vous un accord?

– Nous voulons un accord qui n’annule pas notre programme électoral. Si nous ne trouvons pas d’accord qui le respecte, nous nous adresserons au peuple grec soit par référendum, soit par élections. Si l’accord proposé par l’Union européenne n’est pas satisfaisant, nous appellerons le peuple grec à le rejeter. Les élites néolibérales doivent prendre la mesure du problème qu’elles provoqueront.