Au lendemain de la démission du président égyptien Hosni Moubarak, les manifestants réunis sur la place de la Concorde dans le centre d’Alger ont scandé des slogans demandant la fin du «système», dirigé depuis 1999 par le président Abdelaziz Bouteflika.

Après des échauffourées dans la matinée, la police a procédé à des interpellations parmi les manifestants, qui scandaient «Algérie Libre», «Le régime dehors!», et «Système, dégage!».

Les autorités ont estimé à 250 le nombre des manifestants, alors que des journalistes sur place évaluaient les protestataires à quelque 2.000.

Des responsables politiques et de la société civile appartenant à la Coordination nationale pour la démocratie et le changement (CNCD), à l’origine de l’appel à la marche, ont participé à la manifestation ainsi que le co-fondateur du Front islamique du salut (FIS), Ali Belhadj.

Une marche était prévue de la Place de la Concorde jusqu’à la Place des Martyrs, un parcours d’environ 4 km, mais les unités anti-émeutes qui quadrillait la zone l’ont bloquée. Selon la presse, 30.000 policiers avaient été déployés dans le centre d’Alger, qui compte plus de trois millions d’habitants.

Les marches sont interdites à Alger, officiellement pour «des raisons d’ordre public», depuis le 14 juin 2001, où un défilé en faveur de la Kabylie avait tourné à l’émeute faisant huit morts et des centaines de blessés.

Le ministère de l’intérieur a annoncé 14 interpellations, mais la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) a fait état de plus de 300 entre Alger, Oran (ouest) et Annaba (est). Elle n’était pas en mesure de préciser combien de manifestants avaient été maintenus en détention.

Parmi les manifestants brièvement interpellés à Alger, deux députés du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Othmane Maazouz et une femme, Feta Sadad, ainsi que Fodil Boumala, un fondateur de la Coordination nationale pour la démocratie et le changement (CNCD) à l’origine de l’appel à la marche.

Des familles de disparus des années noires des violences islamistes se sont joints à la manifestation pour réclamer la vérité sur les leurs.

A Alger, une quarantaine de jeunes contre-manifestants sont brièvement apparus pour crier leur soutien au président Bouteflika. «Bouteflika n’est pas Moubarak», ont-il lancé.

M. Bouteflika, 74 ans, élu en 1999 et réélu en 2004, avait été reconduit en avril 2009 à la suite d’une révision de la constitution en novembre 2008 qui autorise un nombre infini de mandats présidentiels successifs.

En fin d’après-midi, un dernier groupe d’irréductibles s’est dispersé après avoir continué à scander des slogans dans un coin de la place de la Concorde, contenus par d’importantes forces anti-émeutes.

A Oran, grande ville de l’ouest algérien, un rassemblement de 400 personnes Place du 1er novembre s’est achevé par une trentaine d’interpellations, selon des témoins. Le chef local de la CNCD, l’universitaire Kadour Chouicha, son fils et deux journalistes, Djaafar Bensaleh du quotidien arabophone El-Khabar et Kamel Daoud du Quotidien d’Oran, ont été emmenés dans un fourgon de police puis relâchées. De même que deux artistes mimes, visages peints en blanc, une croix noire sur les lèvres.

Les Algériens de l’étranger aussi

A Paris, environ un millier de personnes se sont retrouvées dans deux rassemblements place de la République, l’un pour fêter le départ de Moubarak, l’autre pour soutenir la démocratie en Algérie à l’appel de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD, formée de représentants des partis politiques, de la société civile et des syndicats autonomes).

«A Bas Bouteflika, à bas les généraux, à bas le FLN», pouvait-on entendre comme slogans. «On en a marre de ce système, on veut qu’il s’en aille», témoigne Ali Akika, cinéaste, tout en se montrant prudent sur les chances de voir la contestation monter en Algérie.