«Si tu veux labourer droit, accroche ta charrue et nettoie-la.» Dov Lévy-Neumand, juif ashkénaze français né dans le Beaujolais, motive sa venue en Israël par la quête de simplicité véhiculée par le sionisme. Venu s'installer en 1985 dans la colonie de peuplement (yeshouv) Tekoa, dans le désert de Judée, à une trentaine de kilomètres de la mer Morte, il y a connu sa troisième femme, Edith, arrivée dans l'implantation en 1977, après que les militaires l'eurent abandonnée aux civils. Pour Dov, «il y a une trinité qu'on ne peut dissocier, affirme-t-il, le peuple d'Israël, la Torah et la terre». Néanmoins, dans le cadre des négociations israélo-palestiniennes, certaines colonies pourraient être menacées de passer sous le giron palestinien. Dont celle de Tekoa.

«Face à une dictature»

Selon le journaliste de la radio israélienne Yossi Nesher, responsable des questions moyen-orientales, «quel que soit l'accord conclu avec les Palestiniens, il doit intégrer la question des colonies». Il y voit malgré tout trois options. Soit la fin des colonies, soit leur mise sous contrôle palestinien, mais il reconnaît que «cette épineuse question pourrait aussi très bien être mise en veilleuse pour l'instant».

A deux kilomètres de là, au pied de la colline, dans un village de plusieurs milliers d'âmes, dénommé Tuqu' (version arabe de Tekoa), Mohammed Emfara déclare ne pas avoir de problèmes avec les colons. Ferronnier, il travaille surtout avec les Arabes, mais souhaiterait pouvoir exercer son métier partout en Israël.

Quant à Dov Lévy-Neumand, il nourrit des craintes. «Il y a un malaise. Nous sommes face à une dictature palestinienne, mais notre démocratie n'est pas capable de prendre les mesures qui s'imposent. Aujourd'hui, on pense gagner la paix, comme Daladier et Chamberlain en 1938, mais on va vers la guerre. Les dictatures arabes ne peuvent pas se permettre la paix, car elles exploseraient.» Edith Lévy-Neumand a choisi Tekoa parce qu'elle ne voulait pas vivre dans une HLM à Jérusalem. «Ce n'est pas une raison pour nous traiter de colons sauvages», s'offusque-t-elle.

Alors que les colonies sont, généralement, ou religieuses ou laïques, Tekoa possède sa spécificité: elle est mixte. C'est ce qui a attiré Yael, une Canadienne de Terre-Neuve âgée de 48 ans. Pour elle, vivre en Israël, «c'est la manière la plus simple d'être juif». Elle, qui a voté pour Netanyahou par le passé, n'arrive pas à comprendre qu'Ehud Barak soit prêt à offrir sa maison aux Palestiniens. Yael juge une guerre future presque inévitable. Quoi qu'il en soit, elle résistera et soutiendra d'autres colonies si ces dernières risquaient de disparaître.

En dépit des menaces qui pèsent sur elle, Tekoa continue de s'agrandir. Alors qu'elle comptait sept familles en 1977, elle en recense trois cent cinquante aujourd'hui. Elle comprend quatre synagogues, une épicerie, deux dispensaires. La vie sociale y est particulièrement développée. Et partant la solidarité. Bien que très présente à Tekoa, la sécurité est devenue un quasi-automatisme. Même si les incidents sont rares aujourd'hui, chacun, dans l'implantation, se rappelle la mort de l'un des leurs voici sept ans, en contrebas de la colline.

Structure sécuritaire

Le souci sécuritaire se retrouve d'ailleurs dans la structure de la colonie. Les maisons forment un noyau compact et seuls des chemins pédestres les relient. Cette disposition permet aux enfants de se promener dans le village en toute sécurité. Une seule route périphérique fait le tour de l'implantation. Pour sortir du yeshouv, la plupart des véhicules sont munis de fenêtres spéciales et d'un appareil de liaison avec l'armée. A l'école, les enfants suivent des cours pour apprendre à se protéger en cas d'attaque.

Au plan professionnel, Edith enseigne l'informatique. Dov, quant à lui, est l'un des maréchaux-ferrants de chevaux arabes les plus réputés de la région. Même s'il évite d'offrir ses services dans le village palestinien voisin, il n'hésite pas à aller ferrer des chevaux chez les Bédouins du Néguev ou au nord d'Israël. Il cultive aussi la vigne.