Italie

Nettoyer Rome, première épreuve de la maire Virginia Raggi

Tout juste élue, la maire du Mouvement Cinq étoiles Virginia Raggi est confrontée à la mauvaise gestion des déchets, laissés sur le bord des routes de la capitale italienne par une société publique au cœur de nombreuses enquêtes

Le rat fuit dans les hautes herbes sèches. Il a été effrayé par un caillou lancé par un enfant. Dans la banlieue est de Rome, un groupe de jeunes amis s’amuse ainsi à compter le nombre de rongeurs se baladant entre les bennes à ordures de leur quartier. Ils comptent 25 rats, aperçus en une quinzaine de minutes. L’un d’entre eux filme la scène avec son téléphone et la télécharge en ligne à la mi-juillet.

Les déchets, un argument de campagne

A force de partages sur les réseaux sociaux, la vidéo arrive jusqu’au «Campidoglio», l’édifice surplombant le Forum impérial où travaille la nouvelle maire de la Ville éternelle, Virginia Raggi. La candidate du Mouvement Cinq étoiles, le parti antisystème fondé par l’humoriste Beppe Grillo, avait fait d’une meilleure gestion des déchets romains l’un de ses principaux arguments de campagne. Le 19 juin, elle était élue maire de la capitale italienne avec plus de 67% des voix.

L’élue étoilée se rend aussitôt à Tor Bella Monaca, la banlieue où les rats ont élu domicile. «Nous n’avons pas de baguette magique, a reconnu Virginia Raggi, mais il faut commencer» de nettoyer. Les déchets éparpillés dans les rues ou les bennes à ordures éventrées, principalement dans la périphérie mais pas seulement, n’ont pas disparu avec l’élection de la nouvelle maire. Celle-ci se retrouve confrontée à la difficile réalité de sa promesse.

Un possible conflit d’intérêts

Moins d’un mois plus tard, le dossier se transforme en scandale. L’adjointe de la maire à l’Environnement, Paola Muraro, est critiquée pour son rôle de consultante pour l’AMA, la société publique romaine de gestion des ordures. Elle aurait perçu plus d’un million d’euros sur plus de dix ans, depuis 2004. L’adjointe, qui a rejeté toute critique de conflit d’intérêts, a encore le soutien du Mouvement Cinq étoiles. L’opposition réclame sa démission.

Mercredi, Virginia Raggi a dû s’expliquer sur cette affaire devant un Conseil communal extraordinaire. Elle a défendu la «compétence» de son adjointe et demandé si celle-ci n’était pas plutôt «dérangeante» pour l’ancien système. La maire s’en est aussi prise directement à la société publique AMA, responsable selon elle de «l’échec du nettoyage et de la récolte des déchets dans la ville».

Nouvelles enquêtes accablantes

L’AMA s’était retrouvée au cœur de «Mafia Capitale», l’affaire révélée fin 2014 dans laquelle s’entremêlent intérêts des mondes politiques, des affaires et la criminalité. Ces dernières semaines, de nouvelles enquêtes viennent l’accabler un peu plus. L’Autorité nationale anticorruption s’intéresse à la gestion par la société des contrats publics de ces trois dernières années. Le parquet de Rome se penche dans le même temps dans les usines de traitement des déchets de l’AMA: des quantités de déchets inférieures aux indications contractuelles auraient été traitées, alors même que Rome craint de devenir une nouvelle Naples.

Promesse de renforcer les sanctions

La justice n’a pour l’heure trouvé aucun lien entre toutes ces affaires et l’adjointe à l’Environnement, Paola Muraro. Cette dernière a été chargée de nettoyer la ville autant que la société pour qui elle avait travaillé. Fin juillet, elle avait rendu une visite surprise au siège de l’AMA, car «la situation des ordures romaines est inacceptable». Elle avait promis de ne pas quitter l’édifice tant qu’un «document opérationnel» ne serait pas signé.

De Tor Bella Monaca, Virginia Raggi avait appelé les Romains à «l’aider à maintenir la ville propre» et promis de renforcer les sanctions contre qui «entache l’environnement». De cette banlieue romaine, la maire de Rome a pris l’ampleur de la problématique grâce à des enfants jouant parmi des déchets et des rats.


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