L'entêtement d'une centaine de militants d'obédience trotskiste à Berlin pourrait bien réduire à néant le rêve d'Oskar Lafontaine et de Gregor Gysi de construire un véritable parti d'audience nationale à la gauche des sociaux-démocrates allemands. Samedi prochain, les congrès nationaux des deux formations de la «nouvelle gauche», Linkspartei (ex-communistes du SED est-allemand puis du PDS) et Alternative pour le travail et la justice sociale (WASG), une dissidence créée par les déçus du Parti social-démocrate, doivent en effet se prononcer sur un projet de fusion. Ce serait la première fois depuis vingt-cinq ans, depuis l'apparition des Verts, qu'un nouveau parti national verrait le jour.

La WASG, dont le leader au parlement est Oskar Lafontaine, ancien président et dissident du SPD, est surtout implantée à l'ouest du pays et recrute parmi les permanents syndicaux, mais aussi d'anciens militants de la gauche alternative ou trotskiste. Le PDS, rebaptisé depuis peu Linkspartei, est surtout implanté dans les Länder de l'est, et sa tête d'affiche est Gregor Gysi, le dernier président et réformateur du Parti communiste de RDA avant la réunification. Alliées pour les élections au Bundestag en septembre dernier, ces formations ont obtenu 8,7% des voix et 54 sièges au Bundestag, dépassant les Verts.

- Désaveu pour Lafontaine

Mais un grain de sable à Berlin risque de gripper toute la machine. La semaine dernière, un congrès de la WASG locale a, pour la deuxième fois, refusé de s'associer au Linkspartei en vue des élections parlementaires du Land de Berlin, en septembre. Pourtant, la direction nationale de l'Alternative a refusé lundi soir de prendre des sanctions contre les dissidents berlinois et de leur couper les vivres. C'est un désaveu pour le fondateur de la WASG, le syndicaliste Klaus Ernst, et son leader médiatique, Oskar Lafontaine. «L'Alternative doit cette fois se décider. Il ne peut y avoir de fusion nationale s'il y a des listes concurrentes à Berlin», a mis en garde Gregor Gysi.

Son partenaire Oskar Lafontaine mise sur une dernière carte: un désaveu très clair de la part de la base à l'encontre de la section berlinoise et de la direction. Un vote interne au sein de la WASG, organisé au début du mois de juillet, avait en effet donné une majorité de 78% de voix en faveur de la fusion. Mais en attendant, la section berlinoise a déjà désigné sa tête de liste, une militante trotskiste professionnelle, comme elle se définit elle-même, Lucy Redler. Selon le quotidien de la gauche Tageszeitung, à peine née, «l'Alternative se coule elle-même». La nouvelle gauche allemande est mal partie.