Derniers développements:

  • Le chef de la police du Capitole démissionne. Un cinquième décès est à déplorer: un agent de son équipe.
  • Le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell, annonce une enquête sur la sécurité du Capitole. 
  • L'état d'urgence à Washington est prolongé jusqu'à la cérémonie d'investiture de Joe Biden, qui a lieu le 20 janvier. 
  • Betsy Devos, ministre de l'Education, est la deuxième ministre à démissionner après Elaine Chao, responsable des Transports.

Au lendemain de l’attaque du Capitole par une horde de trumpistes en colère, le choc domine. Au-delà du symbole, le bilan est lourd: une femme a été tuée par balle à l’intérieur du bâtiment mercredi, trois autres personnes sont décédées d’«urgences médicales», et un policier a succombé à ses blessures dans la nuit de jeudi. Toujours plus isolé, lâché par des poids lourds de son parti, Donald Trump, qui avait galvanisé ses militants avec des propos incendiaires, s’est résolu jeudi matin à admettre que son mandat était fini et promet une «transition ordonnée», alors que le Congrès avait, dans la nuit, pu entériner la victoire du démocrate Joe Biden. 

Dans son entourage, les démissions commencent à pleuvoir. Mais Trump reste Trump. Malgré une nouvelle vidéo publiée jeudi soir dans laquelle il appelle à la «réconciliation» et qualifie l'attaque d'«odieuse», il maintient que l’élection a été «volée». Ses capacités de nuisance pourraient rester intactes. C’est là qu’intervient le débat autour du 25e amendement de la Constitution. Et la question clé: comment le neutraliser?

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Discussions entre ministres

Le mandat de Donald Trump prendra officiellement fin le 20 janvier à midi. En raison de ce court laps de temps, déclencher une procédure d’impeachment n’aurait pas de sens. Mais le 25e amendement permettrait également de l’éjecter de la Maison-Blanche et donner le pouvoir à son vice-président. Concrètement, la section 4 de l’article stipule qu’un président peut être écarté du pouvoir s’il est jugé «inapte» à exercer ses fonctions.

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Il faut pour cela que le vice-président et la majorité des ministres, ou un «organisme désigné par la loi», décident de l’enclencher. Ils doivent ensuite en informer le Congrès par une déclaration écrite. S’il est en état de le faire, le président peut s’y opposer. Les élus ont alors 21 jours pour prendre une décision, avec une majorité de deux tiers des voix. Dans le cas présent, il faudrait donc que des républicains se prononcent en faveur d’un tel scénario.

Le 25e amendement est né après l’assassinat de John F. Kennedy en 1963. Si un remplacement du président par le vice-président était prévu par la loi en cas de décès, rien n’était précisé pour des situations d’incapacités physiques ou mentales. Premier président à s’être représenté après avoir subi un procès en destitution, Donald Trump a à plusieurs reprises, malgré lui, fait brandir son spectre. Cela a notamment été le cas quand il a été hospitalisé pour le Covid-19.

Mike Pence osera-t-il franchir le pas? La pression augmente. Plusieurs membres du gouvernement auraient discuté d’un tel scénario, affirment des médias américains. Les démocrates de la commission judiciaire de la Chambre des représentants ont déjà adressé un courrier en ce sens au vice-président, lui demandant d’intervenir au nom de l’«amour de la démocratie». Chuck Schumer, leader de la désormais majorité démocrate au Sénat, l’exhorte aussi à démettre Donald Trump de ses fonctions, une «urgence de la plus haute importance», selon Nancy Pelosi, son homologue de la Chambre des représentants.

Des républicains commencent également à invoquer le 25e amendement. Plusieurs éditorialistes de grands journaux, comme le New York Times ou le Washington Post, militent pour que Donald Trump soit écarté du pouvoir. «Il a fomenté la violence, il a incité à la sédition, et a mené une guerre contre le gouvernement des Etats-Unis, c’est la définition même de la trahison», déclare de son côté le professeur de droit constitutionnel Laurence Tribe, dans The Havard Gazette. Il est notamment coauteur du livre To End a Presidency – The Power of Impeachment. Depuis Wilmington, Joe Biden n’a pas hésité, jeudi, à qualifier les assaillants de «terroristes».

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Engins explosifs

Mercredi, quand l’inimaginable s’est produit, Washington a pris des allures de zone de guerre. La Garde nationale, déployée tardivement grâce au feu vert de Mike Pence, est venue prêter main-forte aux forces de l’ordre, dans l’incapacité, pendant plusieurs heures, de faire revenir le calme. Un couvre-feu a été imposé entre 18 heures et 6 heures du matin. La police a découvert des engins explosifs artisanaux à proximité du Capitole.

L’insurrection avait tout d’une tentative de coup d’Etat, encouragée par un président en roue libre depuis qu’il a perdu l’élection et qu’il crie au «scrutin volé», accusant les démocrates de vouloir «détruire l’Amérique». «Nous n’abandonnerons jamais. Nous ne concéderons pas», avait-il déclaré, quelques heures plus tôt, à ses partisans, leur enjoignant de se diriger vers le Capitole.

Donald Trump avait il y a quelques jours déjà annoncé des «surprises» pour le 6 janvier. Etait-il au courant de plans pour attaquer le Capitole? Ou, pire, a-t-il encouragé des militants à aller si loin, à forcer des barrages de sécurité pour aller se pavaner dans les hémicycles? Le doute est permis. Le Ministère de la justice de l’administration Biden pourrait devoir se pencher sur la question après le 20 janvier, pour déterminer s’il doit être poursuivi.

«Je comprends votre douleur»

Quand Donald Trump a fini, après un long silence, à appeler les manifestants qui avaient pénétré à l’intérieur du bâtiment, à «rentrer chez eux», il a joué sur deux registres. Car il a continué à parler d’élection «truquée» et à apporter son soutien aux militants, parmi lesquels des extrémistes armés et adeptes de thèses complotistes. «Je comprends votre douleur. Je vous aime, vous êtes spéciaux», leur a-t-il dit.

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A l’intérieur du Capitole, dans un invraisemblable chaos, des manifestants auraient cherché à s’emparer des bulletins des grands électeurs. Après ces scènes de violence et la mort d’une femme qui portait une bannière pro-Trump touchée par un tir de la police du Capitole, le processus de certification de la victoire de Joe Biden a pu reprendre. Et entériner ce qui à la base ne devait être qu’une simple formalité, malgré les objections d’élus républicains.

Mike Pence a eu la tâche de confirmer la victoire de Joe Biden, déjà validée par le Collège électoral le 14 décembre, et par ricochet sa propre défaite. Depuis plusieurs jours, il subissait des pressions de Donald Trump. A tel point qu’il a dû confirmer par écrit qu’il n’avait pas l’intention de violer la Constitution. Il devrait être très sollicité ces prochaines heures.
Pendant ce temps, les images d’assaillants qui brisent des vitres du Capitole, celles de policiers prêts à dégainer ou d’élus évacués avec des masques à gaz continuent à provoquer effroi et indignation. Elles resteront à jamais associées à la présidence Trump.