Mettre l’Etat de New York sous cloche? Déjà dramatique, la situation devient surréaliste aux Etats-Unis. Samedi, face à l’explosion des cas de contamination au coronavirus, Donald Trump a envisagé quelques instants de placer New York, ainsi qu’une partie des Etats voisins du New Jersey et du Connecticut, en «quarantaine», avant de faire marche arrière. Le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, avait réagi très vivement, parlant de mesure «anti-américaine et contre-productive», aux relents de guerre civile, susceptible d’engendrer un «chaos économique». Sur CNN, il a qualifié une telle décision d'«illégale» et de «déclaration de guerre contre les Etats». «Cela provoquerait un choc pour les marchés d’une ampleur inédite. En tant que gouverneur, je ne fermerai pas mes frontières», a-t-il relevé.

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Tout voyage «non essentiel» interdit

Dans ce climat d’extrêmes tensions entre Washington et les Etats, le président a fini par renoncer à un lockdown. Il a en revanche ordonné au Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), l’autorité sanitaire nationale, d’édicter des restrictions de déplacements pour éviter que la pandémie ne se propage rapidement dans le pays. Si aucune route n’est pour l’instant bloquée, le message est clair: «Le CDC demande instamment aux résidents de New York, du New Jersey et du Connecticut d’éviter tout voyage non essentiel (dans le pays) durant les quatorze prochains jours, avec effet immédiat.»

En fin de semaine déjà, la situation alarmante de la région de New York avait été évoquée lors d’un point presse de la Maison-Blanche. Les New-Yorkais, officiellement placés en confinement depuis le 22 mars, ont été invités à ne pas quitter la région. «Pour ne pas en contaminer d’autres», a expressément précisé le Dr Anthony Fauci, l’épidémiologiste qui incarne le visage de la lutte contre la pandémie aux Etats-Unis. Un message qui s’adresse à ceux qui tentent de fuir la ville, surtout des riches avec des résidences secondaires. Quant à ceux qui étaient récemment à New York, ils doivent se mettre en quarantaine pendant environ quatorze jours. Samedi, Donald Trump s’était notamment préoccupé de la situation de la Floride, où il a désormais sa résidence fiscale. «Ils ont des problèmes en Floride, beaucoup de New-Yorkais se déplacent vers le sud. Nous ne voulons pas cela», a relevé le président. Il avait assuré que la «quarantaine» serait de courte durée et qu’il avait de bons rapports avec le gouverneur Cuomo. Mais ce dernier a été contraint d’élever une nouvelle fois la voix.

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Chasse aux New-Yorkais

En attendant, la chasse aux New-Yorkais fait rage. Des voitures aux plaques d’immatriculation new-yorkaises ont été interceptées à Rhode Island. Des policiers locaux et des réservistes de la Garde nationale les traquent pour leur demander soit de rentrer chez eux, soit de rester confinés pendant deux semaines après leur arrivée dans l’Etat. Ceux qui ne respectent pas ces consignes risquent des amendes. Là aussi, Andrew Cuomo a haussé le ton. Il parle de «politique réactionnaire» et doute de la légalité de telles mesures. Il est prêt à saisir la justice, alors que la Floride contrôle elle aussi l’arrivée de New-Yorkais. D’autres Etats font de même. Comme le Texas, le Maryland ou la Caroline du Sud. Les autorités texanes ont par exemple évoqué vendredi des contrôles à l’improviste, avec des amendes pouvant aller jusqu’à 1000 dollars et une peine d’emprisonnement jusqu’à 180 jours pour les New-Yorkais non disciplinés.

Ces tensions entre Etats américains se vérifient également sur le plan des respirateurs artificiels. Menacé par une importante pénurie, l’Etat de New York en réclame aux autorités fédérales et tente d’en racheter aux différents Etats. Or certains craignent d’en manquer à leur tour et font des réserves. Les Etats dirigés par des gouverneurs républicains semblent par ailleurs être davantage écoutés par Donald Trump.

Dimanche, les Etats-Unis enregistraient plus de 124 700 cas de personnes infectées par le Covid-19 – dont la moitié dans le seul Etat de New York – et plus de 2190 morts. Anthony Fauci a articulé le chiffre de «100 000 à 200 000 décès potentiels». La mort d’un enfant de moins d’un an, dans l’Illinois, a fait naître de nouvelles inquiétudes. La pandémie avait jusqu’ici épargné les enfants.