Etats-Unis

A New York, rage et des espoirs

Avec le sommet onusien sur le climat de lundi, 66 pays promettent désormais d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Mais les principaux pollueurs restent hermétiques aux appels de la jeunesse

Même dans le petit ferry qui relie Brooklyn à la 34e rue, à Manhattan, deux agents américains du contre-terrorisme, bien équipés, étaient en mission, s'invitant parmi les passagers. Au cas où. A New York, les assemblées générales de l'ONU provoquent des ballets d'hélicoptères, des va-et-vient de navettes des gardes-côtes et de la police sur l'East River, des embouteillages à n'en plus finir et toutes les gammes possibles de sirènes. La 74e ne fait pas exception. 

«Comment osez-vous?»

Cette semaine onusienne est celle de tous les superlatifs: 193 chefs d'Etat, de gouvernement ou ministres présents, 20 000 délégués, 3000 journalistes, 5000 policiers mobilisés et surtout cinq sommets différents qui se tiennent en marge de l'Assemblée générale. Et combien de promesses qui se concrétisent? Avec le Sommet sur le climat de lundi, soixante-six pays disent en tout cas désormais vouloir réduire leurs émissions de gaz à effet de serre à zéro d'ici 2050, un objectif fixé par les scientifiques pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. C'est en ce sens que le président de la Confédération Ueli Maurer est intervenu à la tribune, en fin de journée, devant de nombreux sièges vides. Mais le discours de la jeune activiste suédoise, Greta Thunberg, a davantage marqué.

Plus en colère que jamais, elle s'est montrée accusatrice, dénonçant l'inaction des dirigeants face au changement climatique et leurs discours trompeurs. «Je ne devrais pas être là, je devrais être à l'école, de l'autre côté de l'océan (...). Comment osez-vous? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses. Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au début d’une extinction de masse et tout ce dont vous pouvez parler, c’est de l’argent. Comment osez-vous?», a-t-elle lâché, en début de séance, au bord des larmes et la voix tremblante. Puis: «Vous nous avez laissés tomber. Mais les jeunes commencent à comprendre votre trahison. Nous ne vous pardonnerons jamais!».

Même ses détracteurs l'admettent: elle a réussi à imposer ce débat et à faire entendre les voix des jeunes. Lundi, seize jeunes activistes, dont Greta Thunberg, ont d'ailleurs annoncé une action en justice contre cinq pays (France, Allemagne, Argentine, Brésil et Turquie). L'inaction de leurs dirigeants constitue selon eux une «atteinte à la Convention de l'ONU sur les droits de l'enfant». 

Lire aussi : A l'ONU, les jeunes pour le climat veulent du concret 

L'activisme de Michael Bloomberg

Si Greta Thunberg a été reçue il y a quelques jours par Barack Obama, elle ne risquait pas, lundi, de serrer la main de Donald Trump, qui n'a jamais caché son climato-scepticisme. Elle l'a toutefois vu passer devant elle, alors qu'elle s'apprêtait à sortir du bâtiment principal. Et la moue qu'elle affichait à cet instant précis en disait long sur ce qu'elle pense du président américain.

Mais au-delà des propos de Greta Thunberg, ou du pape François qui, dans un message vidéo, a dénoncé les «engagements très vagues» des chefs d'Etat, que retenir de ce sommet? Soixante-six pays visent officiellement la neutralité carbone d'ici 2050, mais seuls 20 ont pour l'instant décidé d'inscrire cet objectif dans une loi. Les principaux pollueurs ont sans surprise préféré rester discrets, mettant toute illusion de nouveaux engagements aux oubliettes. C'est le cas de l'Inde ou du Brésil, qui n'a pas participé au sommet. Sans oublier les Etats-Unis. Donald Trump, à l'origine du retrait de son pays de l'Accord de Paris, n'a toutefois pas totalement boudé le sommet comme initialement prévu: il y a fait une apparition surprise de dix minutes, en compagnie du vice-président Mike Pence. Une visite-éclair finalement presque plus provocante qu'une absence totale.

D'autres Américains ont su profiter de l'occasion pour insister sur l'urgence climatique. L'acteur Harrison Ford, vice-président de l'ONG Conservation International, a notamment tenu un discours centré sur la situation préoccupante de l'Amazonie. Le milliardaire Michael Bloomberg, ancien maire de New York, à l'origine du plan «Beyond Carbon» (Au-delà du carbone), a de son côté salué le but fixé par le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, de ne plus avoir de construction de centrales à charbon à partir de 2020. Trente pays, réunis en une alliance, promettent de viser cet objectif.

Début juin, Michael Bloomberg, toujours très ambitieux en matière de lutte contre le réchauffement climatique, avait déjà annoncé investir 500 millions de dollars pour aider les Etats-Unis à réduire leur dépendance aux énergies fossiles et combattre le réchauffement climatique. But: fermer environ 250 centrales à charbon d’ici 2030 et ne plus en autoriser de nouvelles. Avec «Beyond Coal» (Au-delà du charbon) lancé en 2011, il est déjà parvenu à fermer 289 centrales à charbon. 

Lire aussi: Le nombre de centrales à charbon recule, excepté en Chine

Ce Sommet sur le climat est une sorte d'antichambre de la COP 26 qui aura lieu fin 2020 à Glasgow. Pour ceux qui préfèrent voir le verre à moitié plein, il est possible d'espérer que certains pays préfèrent attendre cette échéance pour annoncer des engagements climatiques révisés à la hausse. Dans son avion pour New York, le président français Emmanuel Macron n'a en tout cas pas hésité, devant les médias, à accuser le gouvernement polonais d'être un frein, au niveau européen, en matière de lutte climatique. Il appelle les jeunes à «aller manifester en Pologne».

Le sommet s'est déroulé par une température frôlant les 31 degrés et un taux d'humidité de 50%. Lundi à New York, la qualité de l'air était par ailleurs jugée plutôt «bonne». Malgré la valse des hélicoptères et les cortèges de limousines. 


Ueli Maurer: «Le changement climatique menace notre mode de vie»

«Notre monde a besoin de plus de progrès technologiques, d'innovation et de moins d'idéologie», a déclaré lundi le président suisse Ueli Maurer à New York. Les conflits politiques autour du changement climatique empêcheraient une analyse claire de la situation.

Lors de ce Sommet sur l'action pour le climat, Ueli Maurer a aussi souhaité que l'horizon de planification des mesures de lutte contre le changement climatique soit étendu à l'ensemble du siècle. En tant que pays alpin, la Suisse est particulièrement touchée, a-t-il souligné. Avec la fonte des glaciers, l'arrêt des chutes de neige et les glissements de terrain plus fréquents dans les montagnes, une partie de l'identité et de la tradition suisses est en train de disparaître. «Le changement climatique menace notre mode de vie. Nous devons prendre le problème au sérieux», a-t-il déclaré. La Confédération a donc décidé d'atteindre la neutralité climatique d'ici 2050. (ATS)

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