New Delhi s'est fait plus précis dimanche dans ses attaques contre son rival de toujours, Islamabad. Non seulement, soutiennent les autorités indiennes, l'attaque de la semaine dernière contre le parlement indien a été le fait de militants fondamentalistes cachemiri basés au Pakistan, mais en plus, la police indienne a dit ce week-end soupçonner directement les services secrets pakistanais (ISI) d'être au cœur de l'attentat qui a provoqué la mort de treize personnes dans la capitale indienne.

S'il n'y avait la gravité de l'action perpétrée à New Delhi à quoi s'ajoute une situation entièrement nouvelle dans la région et en particulier en Afghanistan, ces accusations indiennes pourraient relever de la routine d'une guerre perpétuelle entre les deux frères ennemis d'Asie du Sud; une guerre qui lorsqu'elle n'est pas déclarée ouvertement se poursuit traditionnellement par déclarations enflammées ou groupes clandestins interposés.

Visites en Inde

Mais voilà, le Pakistan vient de perdre avec la chute du régime des talibans toute son influence sur l'Afghanistan. Les nouveaux maîtres de Kaboul, Front uni en tête, se défient d'Islamabad plus que de tout autre pouvoir régional. Hamid Karzai, le futur chef de l'Etat intérimaire afghan qui a longtemps vécu en exil à Quetta au Balouchistan pakistanais est moins viscéralement réticent aux agissements d'Islamabad, mais c'est bien la présence pakistanaise derrière les talibans qui l'avait convaincu de lâcher le mouvement des moines soldats qui lui avait inspiré d'abord une certaine sympathie. L'Inde en revanche a eu pour stratégie de soutenir les forces antitalibanes. Plusieurs dirigeants actuels de l'Afghanistan ont des liens d'exil ou d'études avec ce pays.

Le nouveau pouvoir afghan s'est d'ailleurs empressé de consolider ses liens avec l'Inde. Abdullah Abdullah, le futur ministre des Affaires étrangères du gouvernement intérimaire afghan a rendu visite la semaine passée à Atal Behari Vajpayee, le premier ministre indien. «Je crois qu'il y a de nouvelles opportunités pour l'Afghanistan et l'Inde» a déclaré Abdullah Abdullah. Le 7 décembre, Younus Qanooni, futur ministre de l'Intérieur l'avait précédé auprès des autorités indiennes, juste après la clôture de la conférence de Bonn sur l'Afghanistan.

Tout cela n'est pas pour arranger Islamabad. Coincé par sa nouvelle alliance avec les Etats-Unis, privé de son influence sur l'Afghanistan, accusé par l'Inde de soutenir le terrorisme au Cachemire, le Pakistan se voit contraint de faire profil bas. Islamabad se contente donc pour l'heure de nier vigoureusement toute implication dans l'attentat contre le parlement indien.

Dans sa logique de confrontation New Delhi entend clairement profiter au maximum du renversement de la donne diplomatique. Un diplomate a ainsi été dépêché aussi vite que possible à Kaboul. Le gouvernement indien souhaite mettre des atouts de côté: le 12 décembre dernier, il a procédé au test d'un missile longue portée Prithvi sol-sol, capable de transporter une tête nucléaire, nouvelle menace indirecte contre le voisin pakistanais.

Le gouvernement d'Atal Behari Vajpayee veut faire monter les enchères aussi haut que possible tout en sachant qu'il est hors de question que Washington permette aux deux Etats rivaux d'en arriver à une confrontation ouverte. Les Américains ont trop besoin du Pakistan – alors que Oussama Ben Laden court toujours et s'y est peut-être caché – pour laisser les Indiens mater à leur manière les «terroristes» cachemiri.

Le problème du Cachemire pourrait cependant déraper. Les combattants étrangers défaits en Afghanistan passaient régulièrement du champ de bataille afghan aux montagnes du Cachemire. Le président Pervez Musharraf a pris des mesures pour empêcher les talibans étrangers de repasser au Pakistan. Il est pourtant fort probable qu'une partie des troupes talibanes en fuite ait pu se replier sur le Cachemire prêtes à reprendre les combats alors qu'au Pakistan, des pouvoirs favorables aux fondamentalistes vaincus, sont encore à l'œuvre.