Au moins sept églises ont été incendiées dans la capitale nigérienne, où la contestation contre la caricature du prophète publiée en Une de Charlie Hebdo a dégénéré en véritable émeute, touchant plusieurs quartiers.

Une centaine de policiers munis de casques et de boucliers qui protégeaient la cathédrale ont essuyé des jets de pierres de protestataires, a constaté un journaliste de l’AFP. La foule, des jeunes et des adolescents surtout, était munie de gourdins, de barres de fer ou de pioches.

Les heurts ont éclaté lorsque les autorités ont interdit une marche organisée à l’appel de dignitaires musulmans locaux. Quatre prédicateurs à l’origine de l’appel ont été arrêtés. D’autres manifestations ont eu lieu dans le pays et d’autres églises ont été incendiées.

Le bilan des violences de la veille à Zinder s’est alourdi à cinq morts après la découvert d’un cadavre calciné dans une église incendiée. Le centre culturel français de la ville a également été mis à sac.

Hollande défend la liberté d’expression

Samedi matin, François Hollande a fait valoir que «la France a des principes et des valeurs, et ces valeurs c’est notamment la liberté d’expression».

«La vie doit reprendre», a-t-il glissé, dix jours après les attentats qui ont fait 17 morts à Paris, dont 12 au journal Charlie Hebdo. Le journal des «survivants» paru mercredi sera finalement tiré à 7 millions d’exemplaires.

Interrogé sur la vague d’indignation en cours depuis vendredi, M. Hollande a estimé que certains des pays concernés «parfois, ne peuvent pas comprendre ce qu’est la liberté d’expression car ils en ont été privés». Mais, a-t-il relevé sans les nommer, «ces pays, on les a soutenus dans la lutte contre le terrorisme».

Protestations ailleurs aussi

Vendredi, des milliers de musulmans avaient manifesté du Pakistan au Sénégal, en passant par le Mali et l’Algérie, conspuant Charlie Hebdo et brûlant le drapeau français.

A Gaza, des inscriptions promettant «l’enfer» aux journalistes de Charlie Hebdo s’étalaient samedi sur le mur du centre culturel français. Le président afghan Ashraf Ghani a lui jugé «irresponsable» la publication d’un dessin du prophète.

Les protestations s’étendent également dans le Caucase comme en Ingouchie, où 15’000 manifestants se sont rassemblés à Magas, la capitale, pour dénoncer «l’insulte à la foi des musulmans». Un autre rassemblement est annoncé pour lundi dans la république voisine de Tchétchénie.

Mesures de sécurité renforcées

Dans ce contexte d’extrême tension et par crainte de nouveaux attentats djihadistes, plusieurs pays européens ont annoncé des mesures de sécurité inédites.

Après le démantèlement jeudi d’une cellule djihadiste qui planifiait des attentats, la Belgique a fait appel à l’armée pour la première fois depuis les années 80: des militaires patrouillaient samedi dans les rues d’Anvers, où réside une communauté juive de 15’000 à 20’000 personnes.

Cameron appelle les Britanniques à la vigilance

En Grande-Bretagne, pour la première fois en trois ans, les autorités envisagent d’armer les policiers devenus selon Scotland Yard une «cible délibérée» après le meurtre d’une policière à Paris et les projets de la celulle démantelée en Belgique.

La plupart des policiers britanniques ne disposent pas d’armes, à l’image des fameux «Bobbies», équipés au mieux d’une matraque. Selon les médias, ils pourraient être plus nombreux à être dotés de pistolets Taser.

Le Premier ministre britannique David Cameron a appelé les Britanniques à être «extrêmement vigilants». Selon la police britannique, un nombre «sans précédent» d’attentats terroristes a été déjoué ces derniers mois au Royaume-Uni et le nombre d’arrestations (327) a grimpé de 32% en 2014.

A Paris, les 12 suspects (huit hommes et quatre femmes) interpellés dans le cadre de l’enquête sur les attentats étaient toujours gardés à vue samedi matin.

Terroriste inhumé

L’un des deux dihadistes responsables de l’attaque contre Charlie Hebdo, Saïd Kouachi, a été inhumé à Reims dans la nuit de vendredi à samedi, dans le plus grand secret et dans une tombe anonyme afin d’éviter d’en faire un lieu de pèlerinage.

Le lieu des enterrements de son frère Chérif et d’Amédy Coulibaly, auteur entre autres de la prise d’otages mortelle dans une supérette casher, restent à définir.