Revue de presse

Nice attaquée: «Nous avons trop tôt oublié la guerre»

L’attentat au camion qui a été perpétré jeudi soir sur la Promenade des Anglais vient brutalement rappeler, selon les témoignages relayés par les médias, que la lutte contre le terrorisme n’est de loin pas terminée

Du quotidien local Nice-Matin au New York Times en passant par les tabloïds britanniques, la presse de ce vendredi 15 juillet est sous le choc, selon le diaporama qu’a préparé Le Monde. Alors que le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Christian Estrosi (@cestrosi), venait de souhaiter, sur Twitter, une bonne fête nationale #14 juillet «depuis la promenade des Anglais devant feu d’artifice de #Nice06», une heure plus tard environ, il poste ce message:

Un journaliste de Nice-Matin, présent au moment du drame et relayé par la presse du monde entier, a ensuite témoigné dans la nuit. Ses propos, terrifiants, sont entièrement corroborés par ceux qu’a recueillis Europe 1: «Tout d’un coup, on a entendu des grands cris, on n’a pas compris. […] Il y avait des gens qui volaient dans tous les sens. […] Tout le monde s’est retourné et on a vu un gros camion, genre 35 tonnes, blanc, qui rentrait dans la foule, qui est monté sur le trottoir et qui écrasait tout le monde. Il y avait des gens qui […] étaient expulsés de partout et il a continué, continué sa route presque jusqu’au bout de la Promenade, sans s’arrêter. […] Les gens se sont mis à courir partout, ça criait, ça hurlait. Il y avait des scènes de panique générale. […] Il y avait des morts partout, partout, partout, sur la chaussée.»

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Libération, lui, au moment où la France est à nouveau frappée, fait remarquer à juste titre qu'«à la tête de l’Etat, on a vécu en apnée pendant tout l’Euro de football, redoutant chaque jour un nouvel attentat. Mais jeudi soir, c’est un symbole autrement plus important qui a été visé, celui de la Fête nationale.» D’ailleurs, «pendant son intervention traditionnelle du 14-Juillet», François Hollande avait confirmé «la levée de l’état d’urgence le 26 juillet» et «annoncé le déploiement de conseillers militaires français pour appuyer l’armée irakienne à Mossoul contre l’Etat islamique»: «Nous devons frapper et frapper fort au moment où Daech commence à fléchir.»

Présent sur place toute la nuit, Christian Estrosi a témoigné sur France Info ce vendredi matin: «Je contiens la colère en moi, dit-il. Je suis très étonné que, quelques heures avant, le président de la République ait annoncé la fin de l’état d’urgence en annonçant, après l’attentat, qu’il le prorogeait de trois mois. Pourquoi et comment cet homme a pu passer sur la promenade des Anglais alors qu’elle était piétonnisée? Combien de policiers nationaux protégeaient cet événement? Je n’ai pas obtenu de réponses pour le moment. L’homme avait-il des complices?»

Et de poursuivre: «C’est la France qui est attaquée, c’est la France qui est en guerre. Après le Bataclan, il a fallu quelques semaines pour oublier que nous sommes en guerre, pourtant il y a eu Bruxelles. Nous avons trop tôt oublié», estime le président de la région Paca. En ajoutant: «Je n’oublierai jamais ces petits corps allongés pour les enfants, les corps de ces papas, de ces mamans sur la promenade des Anglais. […] J’ai senti une telle cicatrice au fond de moi. […] Pendant des jours, des semaines, des mois maintenant, nous allons devoir panser les plaies sans doute irréversibles de toutes ces familles.»

Autre point, qui fait déjà polémique – après sa présentation lors du lancement le 8 juin pour l’Euro, comme un vecteur d’alerte en cas d’attentat: il «aura fallu attendre plus de deux heures avant que les utilisateurs de l’application SAIP (système d’alerte et de protection des populations) ne reçoivent une alerte sur leur smartphone», déplore Le Monde. «L’alerte est parvenue aux alentours de 1h34, selon plusieurs captures d’écran postées sur les réseaux sociaux. Soit plus d’une heure et demie après l’attaque»:

Quant à la méthode, elle «rappelle des consignes de l’Etat islamique», écrit Le Figaro, qui cite Le Parisien: «En septembre 2014, un important cadre de l’Etat islamique appelait ses partisans à utiliser n’importe quel moyen pour tuer, y compris des véhicules béliers: «Si vous ne pouvez pas faire sauter une bombe ou tirer une balle, débrouillez-vous pour vous retrouver seul avec un infidèle français ou américain et fracassez-lui le crâne avec une pierre, tuez-le à coups de couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le d’une falaise, étranglez-le, empoisonnez-le.»

Et pendant ce temps-là, sur Internet? «Pour le meilleur et pour le pire», résume 20 minutes France: «Comme après les attaques qui ont frappé Paris ou Bruxelles ces derniers mois, celle qui a touché Nice […] a drainé son lot de rumeurs. Propagées volontairement ou non, elles ont évidemment agacé les autorités, les forçant à publier sur Twitter des rappels à l’ordre»:

Une blogueuse de Mediapart, enfin, rappelle qu'«après les attentats de l’année 2015, on a très souvent entendu dire: il faut continuer de vivre comme d’habitude… Opposer le goût des loisirs et de l’amusement à la terreur.» C’était «considéré comme une preuve de résistance à la pression terroriste». Quasiment comme du courage. Mais «l’attentat de Nice s’est produit au moment du feu d’artifice; c’est d’une terrible ironie de rappeler que ces feux d’artifice étaient interdits dans le Var en raison des risques d’incendie, compte tenu du fort mistral… Nous sommes coincés: d’une part, cette irrépressible tendance à notre «business as usual», ceci sur fond de délégation de la sûreté de tous à l’état d’urgence, via la police et l’armée; d’autre part, ces moments terribles qui nous rappellent que la France est une cible privilégiée d’EI et de ses partisans, la France visée à travers ses «cibles molles».»


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