Une petite arcade comme les autres, dans une rue du coeur de Nice. La Maison pour l'accueil des victimes, antenne de la police municipale, accueille toute l'année les victimes de la délinquance ordinaire. Depuis vendredi matin, les quelques mètres carrés du lieu sont devenus l'épicentre de l'angoisse de tous ceux qui sont encore sans nouvelles d'un proche ou d'un parent depuis le drame du 14 juillet.

Prise en mains dès les petites heures du matin, vendredi, par la Cellule interministérielle d'aide aux victimes (CIAV), l'arcade fourmille de psychologues, de psychiatres, de policiers, de pompiers. Tous mus par un double objectif: offrir un premier réconfort à ceux qui cherchent encore les leurs et recueillir leurs témoignages pour, peut-être, pouvoir mettre un nom sur un cadavre. 

Seize victimes non encore identifiées

Selon l'AFP, 16 des 84 victimes de l'attentat de la Promenade des Anglais n'ont pas encore pu être identifiées. Le travail est long, fastidieux, méticuleux. Prélèvements ADN, descriptions, petits détails physiques, signes distinctifs en tous genres: tous les moyens sont bons pour permettre à la police judiciaire d'apporter des réponses, fussent-elles terribles, aux familles qui ne cessent d'arriver.

«Près de 60 familles sont venues ici depuis l'attentat, révèle au Temps le président du Conseil régional, Christian Estrosi, samedi matin sur place. Ces familles ont toutes été touchées par le drame et cherchent des réponses. On ne leur en donne que si la réponse est absolument sûre. Et c'est à partir de ce lieu que tous les recoupements sont faits. Le travail est déjà très avancé.»

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Fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères, Philippe Ducornet a été «projeté» sur place vendredi matin. Derrière le comptoir, gilet de la CIAV sur le dos, il explique: «Nous sommes là pour assister les familles et tout faire pour accélérer le processus. Nous vivons des situations tragiques.»

Pourquoi?

Comme pour confirmer ses dires, il est interrompu par les cris d'une femme qui s'effondre dans les bras de fonctionnaires de la protection civile. «Pourquoi est-ce que je l'ai laissé prendre le bus?», l'entend-on se reprocher, en sanglots. Une scène effroyablement ordinaire, rue Gubernatis. 

Philippe Ducornet reprend: «Le gros problème, c'est qu'on ne peut quasiment pas donner d'informations aux gens, on ne peut que les écouter. Les informer, c'est le rôle de la police judiciaire.»

Bénévole pour l'association entr'autres, Brigitte Juy-Erbibou fait partie de celles et ceux qui viennent en aide. «Nous écoutons les gens, nous évaluons ce qu'ils disent et leur état psychologique, explique-t-elle. Chacun réagit comme il peut. Nous rencontrons beaucoup de culpabilité. La culpabilité du survivant, c'est une situation post-traumatique classique: ils estiment qu'ils n'ont pas le droit de se plaindre parce qu'ils sont encore vivants, ils s'en veulent d'avoir vu des gens mourir. L'écoute qu'ils reçoivent est pour eux la première étape d'un long processus de reconstruction.»

Exemplaires

Avant de s'engouffrer dans sa berline pour aller, enfin, rouvrir la Promenade des Anglais, Christian Estrosi tient à «rendre hommage aux hommes et aux femmes qui travaillent ici avec capacité pour apporter des réponses aux familles. Ce sont des hommes et des femmes exemplaires, que la France a de la chance d'avoir». Et de conclure: «Il y a des moments depuis jeudi soir où je me demande si je n'ai pas moi-même besoin d'un psychologue.»

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