Interview

Nick Clegg: «Le Brexit n’est pas irréversible»

L’ancien vice-premier ministre britannique Nick Clegg milite pour stopper le Brexit

Nick Clegg a été vice-premier ministre du gouvernement britannique de 2010 à 2015. Très pro-européen, il milite pour arrêter le Brexit. Il a accordé un entretien à un groupe de six journalistes européens.

Le Temps: L’accord pour passer à la deuxième phase de négociations du Brexit est-il positif?

Nick Clegg: Il aurait pu être signé en cinq minutes. C’était assez évident: quand un pays seul entre en collision avec vingt-sept pays, ce sont ces derniers qui gagnent. Les lignes rouges qu’avait imposées Theresa May ont toutes été franchies. Londres a accepté de payer beaucoup d’argent et on a trouvé un accord complet sur le droit des Européens au Royaume-Uni et des Britanniques dans l’Union européenne.

Sur l’Irlande, par contre, rien n’a été décidé. Le texte permet simplement à Arlene Foster [leader du DUP en Irlande du Nord] et Leo Varadkar [premier ministre irlandais] de paraître tous les deux contents. Evidemment, c’est bien de passer à la phase suivante. Mais si l’on se fie à la première partie des négociations, alors l’accord final sera au désavantage du Royaume-Uni.

– Vous militez pour arrêter le Brexit. Vous y croyez vraiment?

– Bien sûr qu’il peut être arrêté. Avec le Brexit, le Royaume-Uni va acter le pire retrait du libre-échange depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est une volte-face incroyable pour un pays qui a toujours été un leader mondial dans ce domaine. Les «Brexiters» font semblant de dire qu’ils prônent le libre-échange, mais tôt ou tard, la réalité les rattrapera.

J’espère donc que les députés britanniques, quand ils voteront sur l’accord final du Brexit à l’automne 2018, sauront faire leur devoir. Ils doivent mettre d’un côté l’expression démocratique des Britanniques, à qui l’on a promis une utopie – de l’argent pour le système de santé, du libre-échange, de la prospérité – et de l’autre la réalité de l’accord. Le danger est que le texte final en 2018 reste très flou, qu’il ne rentre pas dans les détails et que la Chambre des communes vote sans savoir vraiment ce qu’il signifiera. Quand les détails seront conclus, après, ce sera trop tard.

– Mais vous pensez vraiment que le Brexit peut être arrêté?

Le scénario le plus probable est qu’un mauvais accord soit trouvé et qu’il soit voté. Mais le deuxième scénario le plus probable est que les députés le rejettent.

– Pourtant, les sondages indiquent que les Britanniques n’ont pas changé d’avis…

– Les sondages indiquent que de plus en plus de Britanniques pensent que l’accord du Brexit sera négatif pour le Royaume-Uni, mais qu’ils ne pensent pas que le processus puisse être arrêté. C’est une chose qu’il faut dire et répéter: ce n’est pas irréversible. C’est une des choses que j’ai dites à Michel Barnier quand je l’ai rencontré: il serait bien que les leaders européens rappellent publiquement que les Britanniques seront les bienvenus s’ils changent d’avis.

– Vous dites que le gouvernement britannique a cédé aux exigences des Européens. Pourtant, les partisans du Brexit se félicitent de l’accord aujourd’hui…

– Je connais bien les «Brexiters», j’ai travaillé avec beaucoup d'entre eux. Ils sont fous, mais ils ne sont pas idiots. C’est presque une religion, une secte très bien organisée. Ils voient qu’ils se rapprochent du Graal tant désiré. Ils sont donc prêts à avaler quelques humiliations au passage.

En revanche, ils ont deux dates en tête, avec lesquelles ils ne transigeront pas. La première est une sortie de l’UE en mars 2019. Ils n’accepteront jamais de repousser cette échéance. La seconde est l’élection législative de juin 2022: ils veulent que la période de transition soit terminée à ce moment-là. C’est pour ça que ceux qui espèrent rester dans une transition qui dure très longtemps, sans limite de temps, se trompent. Les «Brexiters» se battront jusqu’au bout sur ce point.


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