Nicola Sturgeon, la «dame de fer» d’Ecosse

Royaume-Uni La nouvelle cheffe du gouvernement veut maintenir la pression indépendantiste sur Londres

Elle est la première femme à accéder à ce poste

Son destin évoque immanquablement celui de Birgitte Nyborg, l’héroïne de la série danoise Borgen, une femme au pouvoir . La différence est que Nicola Sturgeon, 44 ans, qui a été investie mercredi première ministre par un vote du parlement à Edimbourg, va diriger un pays réel à un moment clé de son histoire. Elle succède au charismatique et vindicatif Alex Salmond, 59 ans, qui a été son mentor avant de démissionner en sa faveur au lendemain du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.

Militante pugnace et animal politique, infatigable ordonnatrice du scrutin du 18 septembre qui aurait pu prononcer le divorce avec le Royaume-Uni (44,7% des électeurs ont voté pour l’indépendance), Nicola Sturgeon est la première femme à accéder au poste de First Minister of Scotland, créé en 1999. Cette dame de fer au visage poupin va s’employer à transformer l’échec du oui en triomphe de la cause nationaliste écossaise qu’elle a embrassée à l’adolescence, dans toutes ses composantes: reconquête de la fierté nationale, refus de la mainmise de Londres et de ses deux grands partis, choix sociaux et environnementaux audacieux, pacifisme.

Née en 1970 à Irvine, dans le sud-ouest de l’Ecosse, Nicola Sturgeon dit être devenue militante politique à 16 ans par réaction contre la politique de Margaret Thatcher qui «ôtait tout espoir» aux jeunes de son âge. Etudiante en droit, militante du désarmement nucléaire, elle se met au service du Parti national écossais (SNP) alors au creux de la vague, à un moment où pareil engagement constitue tout sauf un choix de carrière. Elle va participer à la mutation du vieux parti folklorique en une organisation moderne d’inspiration sociale-démocrate. Un temps avocate, elle «épouse» le parti sur le plan politique mais aussi dans sa vie personnelle. A 18 ans, lors d’un week-end de jeunes organisé par le SNP, elle rencontre Peter Murrell, son compagnon devenu en 2010 son mari. Peter Murrell est aujourd’hui l’un des hauts dirigeants du parti et, accessoirement, le chauffeur de Nicola Sturgeon, qui ne conduit pas.

Elue en 1999 au parlement écossais nouvellement créé dans l’une des circonscriptions de Glasgow, elle se hisse dès 2004 à la vice-présidence du SNP dirigé par Alex Salmond. Ils ne cesseront plus de se faire la courte échelle. Jugée ambitieuse, cassante, mal fagotée, Nicola Sturgeon est alors surnommée «bonbon acide». Mais dans l’hémicycle d’Edimbourg, elle se heurte vaillamment au Labour sur le nucléaire militaire et, lorsqu’Alex Salmond devient premier ministre en 2007, il la choisit pour adjointe et ministre de la Santé.

Aux élections écossaises de 2011, la déferlante nationaliste donne au SNP la majorité absolue au parlement d’Edimbourg. Nicola Sturgeon demeure vice-premier ministre, mais d’un gouvernement SNP désormais détenteur de tous les pouvoirs dévolus à l’Ecosse et qui va obtenir de Londres l’organisation d’un référendum. C’est elle qui négocie les modalités, à teneur hautement politique, de la consultation du 18 septembre. La question posée, celle de l’indépendance, est celle pour laquelle elle se bat depuis plus de vingt-cinq ans.

En dépit d’une campagne acharnée dont elle est la cheville ouvrière, les électeurs répondent non. Mais Nicola Sturgeon continue d’affirmer que l’Ecosse accédera à l’indépendance «de son vivant». Le résultat du référendum «devient notre camp de base et, de là, le sommet est en vue», a-t-elle déclaré le 14 novembre, le jour où le SNP l’a portée à sa présidence. Sa pugnacité, son habileté politique et sa popularité ne sont pas les seuls atouts dont elle dispose pour peser sur la vie politique du Royaume, en attendant, éventuellement, de le quitter.

Au cours de la campagne du référendum, le SNP a rallié à la cause indépendantiste une partie des électeurs du Labour qui, lui, appelait à rester dans le Royaume-Uni. Ce succès face à son traditionnel rival pose le parti nationaliste en potentiel faiseur de roi au soir des élections législatives nationales du 7 mai 2015. Les sondages montrent que les travaillistes, ultra-dominants en Ecosse, pourraient perdre une grande partie des 40 sièges qu’ils y détiennent au profit du SNP. Dès lors, le Labour pourrait avoir besoin du SNP pour constituer une majorité à Westminster. Nicola Sturgeon n’a pas exclu une alliance, tout en posant d’audacieuses conditions, comme le retrait d’Ecosse des bases nucléaires militaires britanniques. Quant à un nouveau référendum sur l’indépendance, elle juge qu’il serait «démocratiquement indéfendable» de ne pas l’organiser si le Royaume-Uni votait en 2017 en faveur d’une sortie de l’Union européenne. Les Ecossais, eux, veulent majoritairement demeurer dans l’UE, allègue-t-elle.

En attendant, on peut faire confiance à Nicola Sturgeon pour continuer d’exploiter la panique qu’a suscitée, en septembre, à Londres, la possibilité de l’indépendance écossaise, en maintenant la pression pour que les promesses de «dévolution» accrue à l’Ecosse, soient tenues. Cette devo-max, en transférant à Edimbourg de nouveaux pouvoirs, notamment fiscaux, aboutirait à accorder de facto au gouvernement écossais – et à sa nouvelle première ministre – des prérogatives proches de celles de l’exécutif d’un Etat indépendant.

Le résultat du référendum «devient notre camp de base et, de là, le sommet est en vue»