Il lui fallait un coup d’éclat. Pour exister dans le paysage, sitôt sa candidature à la présidentielle confirmée le 17 mars par le Conseil constitutionnel, Nicolas Dupont-Aignan a donc choisi de claquer la porte en direct, devant des millions de téléspectateurs français. Le lieu? Le plateau du journal télévisé du soir de TF1. La cause? La décision de la chaîne de ne pas l’inviter, ainsi que les cinq autres «petits candidats», au premier débat télévisé pré-premier tour de l’histoire présidentielle française. On connaît la suite: une joute cathodique entre les cinq grands peu appréciée du Conseil supérieur de l’audiovisuel, qui a, aussitôt, sifflé le rappel à l’ordre. Ils seront donc onze ce mardi soir, devant les caméras de BFM TV. Une revanche dont le député-maire d’Yerres, dans l’Essonne, espère bien profiter.

Essayer de classer politiquement Nicolas Dupont-Aignan, 56 ans, revient à procéder par élimination. Entré en politique au seuil des années 90, d’abord jeune espoir du RPR chiraquien puis apparatchik senior de l’UMP qui lui succéda, le candidat de Debout La France est alors paré pour finir ministre. Son job, à l’UMP, est de scruter à la loupe les circonscriptions électorales, pour minimiser les pertes en cas de reflux, et maximiser les gains lorsque la marée monte.

Eureka! En scrutant la carte de la France politique, ce diplômé de la fameuse ENA (promotion «Liberté Egalité Fraternité») comprend qu’un courant conservateur est en train de perdre ses ténors. Le souverainisme et l’éloge des frontières, puisqu’il s’agit de ce courant-là, ont perdu en 2004 leur maréchal, le Vosgien Philippe Séguin, nommé premier président de la Cour des comptes (il décédera en 2010). A l’autre bout du pays, le Vendéen Philippe de Villiers, patron du Mouvement pour la France, s’est retrouvé marginalisé avec 2,2% des voix à la présidentielle de 2007.

Quand au «parrain» Charles Pasqua, son renoncement in extremis à briguer l’Elysée en 2002 – officiellement faute d’avoir réuni les 500 parrainages d’élus requis, en réalité à la suite des pressions de Jacques Chirac qui se représentait pour un second mandat – a fait de lui un retraité de la politique active. La place est donc à prendre. A droite de la droite. En lisière d’un Front national aux accents xénophobes et populistes.

«Asselineau et Dupont-Aignan sur le même créneau»

Fait amusant que leurs prestations télévisées respectives de ce soir permettront peut-être de vérifier, Nicolas Dupont-Aignan suit un itinéraire jumeau d’un autre «petit» candidat de cette présidentielle 2017: l’inspecteur des finances François Asselineau, défenseur du Frexit et… ancien collaborateur de Charles Pasqua au Conseil général des Hauts-de-Seine, le département le plus riche de la République que présida longtemps Nicolas Sarkozy. «Asselineau et Dupont-Aignan sont sur le même créneau: celui des électeurs de droite «tradi» pour qui voter FN revient à côtoyer la plèbe», juge un ancien collaborateur de Charles Pasqua.

Avec, pour Dupont-Aignan, un «supplément d’âme»: «J’ai vingt ans de vie parlementaire derrière moi, et un bilan d’élu, nous expliquait-il fin 2016. Je ne suis pas le candidat du vote protestataire.» La géographie de sa ville, Yerres – du nom de la rivière qui la traverse –, confirme sa démarche. Toute une partie de la commune se trouve en Brie, le terroir agricole le plus fertile de France. Vieil argent. Vieilles traditions. Terre de culture céréalière et d’abbayes. Son patrimoine déclaré en mars dernier fait de lui le candidat le plus riche sur la ligne de départ présidentielle, avec des biens immobiliers évalués à plus de 2 millions d’euros.

Foi dans sa vie solitaire

Le plus frappant, chez Nicolas Dupont-Aignan, est la foi dans sa voie solitaire. «Philippe de Villiers avait été détruit par son mauvais score en 2007, se souvient le politologue Pascal Perrineau. Lui a presque été dopé par ses 1,78% de 2012.» Question de tempérament. Le vicomte vendéen Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon aime le devant de la scène. Son spectacle historique du Puy du Fou lui vaut les honneurs internationaux. Son besoin de l’avant-scène est désormais comblé par ses best-sellers catholiques et ultra-conservateurs, comme Le moment est venu de dire ce que j’ai vu ou Les cloches sonneront-elles encore demain? (Ed. Albin Michel).

Dupont-Aignan, lui, continue de croire en son programme – amaigrissement de l’Etat-providence, rejet du déclin national, abandon de l’euro… – récité avec méthode. Il dit préférer le débat aux harangues. Son hostilité au projet de Constitution européenne de 2005 est sa bannière. «Pourquoi je suis seul? Pourquoi j’ai rompu avec le RPR, puis l’UMP? Parce que je ne suis pas un courtisan», aime à répéter celui dont les listes ont obtenu 800 000 voix aux régionales de décembre 2015.

Son problème et son atout, aujourd’hui, se nomment François Fillon. Plus le candidat de la droite s’enfonce dans les affaires et patine dans les sondages, plus le maire d’Yerres peut espérer accueillir par défaut ses partisans, et atteindre le nirvana des 5% qui lui permettrait d’être remboursé de ses dépenses électorales (1,2 million d’euros en 2012). Plus le vote Fillon se consolide, en revanche, plus son espace s’amoindrit. «Les Français veulent de la discipline, de l’intégrité, de la détermination et de la justice sociale. Je peux cristalliser cela», assène l’intéressé. A chacun son plafond de verre.


Profil

Mars 1961: Naissance à Paris

1985: Administrateur civil en région Ile de France

1995: Elu maire de Yerres (Essonne) puis député. Son département est aussi celui du socialiste Manuel Valls.

1998: Secrétaire aux fédérations du RPR, le parti gaulliste crée par Jacques Chirac et dirigé alors par Philippe Séguin

1999: Crée «Debout la République»

2005: Soutient le «non» au projet de constitution européenne

2007: Rompt avec l’UMP, successeur du RPR. «Debout la République» deviendra ensuite «Debout la France».

2012: Candidat à l’élection présidentielle, 1,78% des voix

2017: A nouveau candidat. Il réunit 707 parrainages d’élus sur son nom.