«Etre candidat à la présidentielle n'est ni ma vocation ni mon fantasme. Mais si la seule solution est de franchir la ligne rouge, je ne l'exclus pas.» Ce week-end, cette petite phrase de Nicolas Hulot, publiée dans Le Journal du Dimanche, a fait l'effet d'une bombe dans le microcosme politique français. L'interview de ce féru d'écologie, par ailleurs présentateur de l'émission Ushuaïa sur TF1, a immédiatement provoqué toutes sortes de réactions. Cette candidature, tout éventuelle qu'elle soit, a de quoi secouer les états-majors des partis: Nicolas Hulot est une des personnalités préférées des Français.

Désintérêt pour le péril climatique

Pour l'heure, ce proche de Jacques Chirac est en colère. Selon lui, la majorité des candidats à l'élection présidentielle de 2007 «se désintéressent» du «péril climatique». Aussi menace-t-il de se présenter, d'autant qu'il reproche aux écologistes d'être pour l'instant «inaudibles», faute d'un candidat commun. Chez les Verts, on minimise un peu aujourd'hui cette sortie. «Cette candidature n'est pas une menace», estime Cécile Duflot, porte-parole. Elle espère plutôt que le coup de sang de Nicolas Hulot permettra à plus de gens de prendre conscience de l'étendue des problèmes environnementaux.

L'idée de fédérer tous les partis écologistes pour présenter un candidat unique et médiatique ne tente pas les Verts. En fait, le même type de situation s'est posé il y a quelques semaines avec la candidature du syndicaliste paysan José Bové. Beaucoup de divergences séparent les différents partis: «L'écologie ne se réduit pas à l'effet de serre, fait remarquer Cécile Duflot. Nous avons aussi des propositions pour les sans-papiers et le logement. Il y a tout un pan du programme de Nicolas Hulot qui manque. C'est la même chose avec les autres mouvements écologistes. Nous ne sommes pas d'accord du tout avec le programme économique de Génération écologie.» La présidente de ce parti proche de l'UMP, ainsi qu'Antoine Waechter, leader du Mouvement écologiste indépendant, n'ont par contre pas exclu ce week-end de soutenir Nicolas Hulot comme candidat unique.

Pas un concours de notoriété

Une telle candidature peut surtout apparaître comme une dérive médiatique. La porte-parole des Verts reconnaît qu'il faut faire attention au processus démocratique - «l'élection présidentielle n'est pas un concours de notoriété» - mais relativise: «Cela ne va pas changer notre stratégie. Notre candidate a été désignée par les militants. Nous avons un programme qui ne va pas changer en fonction des autres. D'ailleurs, Nicolas Hulot va-t-il vraiment se présenter? Ce n'est pas encore fait.» Les Verts l'ont d'ores et déjà invité à discuter avec eux lors de leur université d'été. Yann Wehrling, secrétaire général du parti, lui a même proposé de «travailler ensemble». En tout cas, Nicolas Hulot vient de découvrir les joies du statut de candidat puisqu'on lui demande déjà de rendre des comptes: hier, il a été interpellé par un collectif d'associations qui, dans un communiqué, lui a intimé de préciser son point de vue sur l'utilisation de l'énergie nucléaire.

Au passage, la porte-parole des Verts dénonce une dérive française, qui provoquerait ces nombreuses annonces de candidatures: «Beaucoup se portent candidats pour exister politiquement, car il faut cela aujourd'hui pour apparaître dans le champ politico-médiatique.»