Nicolas Hulot a donc pris tout le monde de court. Annoncée mardi soir vers 20 heures par un communiqué lapidaire dans lequel l’ancien animateur de l'émission «Ushuaïa» estime «ne pas pouvoir endosser l'habit de l'homme providentiel et présidentiel», sa décision de ne pas être candidat aux élections de mai 2017 est d'abord une très mauvaise nouvelle pour les écologistes français, en pleine déconfiture électorale et plus divisés que jamais.

Suprême ironie, le très populaire Nicolas Hulot, 61 ans, avait encore prouvé lors de la grande conférence climat COP 21 de décembre 2015 qu'il était le seul capable d'incarner un discours écolo vis-à-vis du grand public, alors que les Verts français lui avaient barré en 2012 le chemin de la candidature présidentielle. On se souvient que l'intéressé, déjà très populaire il y a quatre ans, avait été battu lors d'une primaire interne aux écologistes par l'ancienne juge et parlementaire européenne Eva Joly, dont le score au premier tour des présidentielles avait plafonné à un calamiteux 1,57%.

Blessures et ressentiment

La blessure de cette candidature avortée, et des attaques venimeuses qu'il avait alors dû endurer de la part d'une grande partie des militants écolos, a d'ailleurs probablement compté pour beaucoup dans le retrait de Nicolas Hulot qui affirme, dans son communiqué «ne pas être suffisamment armé, ni suffisamment aguerri» pour la course à l'Elysée. On se souvient aussi que les Verts français ont réussi la prouesse de marginaliser l'ancien eurodéputé Daniel Cohn Bendit qui, en 2009, leur avait permis d'atteindre le score inespéré de 16,57% aux élections européennes en tête de leur liste «Europe-Ecologie-Les Verts» sur laquelle figuraient plusieurs proches de... Nicolas Hulot.

Triste palmarès de haines recuites et d'égarements politiciens. Difficile, toutefois, de ne pas voir que ce retrait abrupt, décidé au début de l'été alors qu'il laissait jusque-là planer une décision pour l'automne, rebat aussi les cartes de la présidentielle pour laquelle se prépare un certain.... François Hollande. Le chef de l'Etat français, qui annoncera sa décision ou non de se présenter en décembre – après les résultats des primaires de la droite des 20 et 27 novembre – aurait eu beaucoup à perdre d'une candidature écologiste très visible et populaire, puisque le scrutin des 23 avril et 7 mai 2017 se jouera largement au premier tour.

Un boulevard face au FN

En clair, les sondages actuels donnant Marine Le Pen victorieuse au premier tour et qualifiée pour le second tour, le candidat le mieux placé face à elle aura de très grandes chances d'être élu grâce à une union nationale anti-FN. Toutes les voix compteront donc le 23 avril, surtout à gauche où Jean-Luc Mélenchon est déjà candidat pour la gauche radicale. La seule chance du très impopulaire président sortant, s'il se représente, est par conséquent de ratisser des suffrages au centre et chez les écologistes, dont il a récemment fait revenir plusieurs dirigeants (Emmanuelle Cosse, Barbara Pompili, Jean-Vincent Placé...) au sein du gouvernement lors du remaniement de février dernier.

Un candidat vert très faible dans l'opinion, voire pas de candidat vert du tout, est par conséquent la meilleure des hypothèses pour le locataire de l'Elysée, qui aimerait bien en plus régler tout cela, non au premier tour de la présidentielle, mais lors des primaires «de la gauche de gouvernement» qu'organisera le PS français en janvier 2017.

10% des voix

Nicolas Hulot, allié objectif du président qui l'avait recruté comme conseiller spécial pour la protection de la planète et qui lui a permis, avant la COP 21, de sillonner le monde pour défendre avec talent la cause du climat? Même si les médias français préfèrent ce mercredi se pencher sur les tourments des écologistes désormais assurés de s'entretuer politiquement d'ici 2017 – leur ancienne présidente et ex-ministre Cécile Duflot rêve de se présenter mais paraît assurée de fracturer encore plus son camp – ce scénario politique est pourtant très crédible.

Nicolas Hulot, dont les opinions personnelles sont, d'après ses proches, «plutôt centre droit» et dont la vision de l'économie est assez alignée sur celle du jeune ministre de l'économie Emmanuel Macron, pouvait espérer selon les sondages entre 9 à 11% des voix, prises essentiellement à gauche, même s'il séduit aussi un électorat qui, en Suisse, serait qualifié de «Vert-libéral». Son retrait, apparemment décidé de façon assez isolée, laisse de surcroît entendre qu'il va quand même continuer de s'impliquer au chevet de cette «société française inquiète, désabusée et fragmentée par les crises», par exemple en exigeant des engagements écologistes de la part des différents candidats comme il l'avait fait en 2007.

Le cadenas français

L'autre leçon tellement évidente de ce retrait est que la politique française reste verrouillée pour les personnalités issues de la société civile qui, pourtant, amèneraient dans la course l'oxygène qui manque tant à l'Hexagone. A l'évidence, Nicolas Hulot craignait de se retrouver attaqué, vilipendé et blessé durant une campagne qui s'annonce redoutable, entre un François Hollande plus cynique que jamais et un Nicolas Sarkozy persuadé qu'il va l'emporter à droite contre son rival et ultra-favori Alain Juppé, en capitalisant sur la colère ambiante. Verrou de la Ve République qui fait tout reposer sur un homme providentiel à l'Elysée, et entraîne les déceptions que l'on connaît. Verrou des primaires qui redonnent aux partis politiques le pouvoir que le général de Gaulle leur avait enlevé. Verrou de l'élite politico-technocratique issue en partie de l'ENA, qui domine le parlement et les exécutifs régionaux.

Le retrait de Nicolas Hulot a valeur de diagnostic: en France, l'écologie et l'arène politique sont devenus, pour des personnalités aussi médiatiques et populaires que lui, de profonds répulsifs.