Nicolas Hulot s'est invité mardi au premier plan de la campagne présidentielle, sommant les principaux politiciens du pays de signer son «pacte écologique» et dénonçant sévèrement le manque de sensibilité des grands partis pour l'environnement. «Je ne vais pas m'excuser de perturber le cours normal de la vie politique», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse organisée dans le cadre cossu du Press Club, à côté des Champs-Elysées.

L'animateur de TF1, qui s'est converti à l'écologie en réalisant ses émissions Ushuaïa, n'exclut pas de se présenter à l'élection présidentielle. Qualifiant sa candidature d'«hypothèse personnelle», il a expliqué que celle-ci pourrait se concrétiser «d'ici à la fin de l'année» si les autres candidats ne mettent pas la défense de l'environnement «au sommet» de leur programme.

Ecologie apolitique

Pour l'instant, Nicolas Hulot demande aux présidentiables déclarés de prendre position sur son «pacte écologique». Il comprend cinq propositions censées être directement applicables par le futur chef de l'Etat: nommer un vice-premier ministre chargé du développement durable; instaurer une taxe sur le carbone; réorienter les subventions agricoles vers l'agriculture biologique; introduire une dose de «démocratie participative» dans les décisions sur l'environnement et mettre en place «une grande politique d'éducation et de sensibilisation».

Nicolas Hulot justifie son irruption sur la scène politique par l'incapacité des partis traditionnels à défendre sérieusement la nature. La candidate des Verts, Dominique Voynet, stagne à 2% d'intentions de vote dans les sondages. Sa formation semble surtout préoccupée par ses relations avec la gauche et la gestion de ses propres divisions. Contrairement aux Verts, Nicolas Hulot prône une écologie apolitique qui s'accommode des OGM ou du nucléaire.

Quant aux grands partis, UMP à droite et PS à gauche, ils font mine de s'intéresser à l'état de la planète, mais leurs programmes restent sommaires et axés principalement sur le développement des énergies renouvelables. Nicolas Hulot s'étonne que le mot «biodiversité» soit absent de leur vocabulaire, alors que la France, avec son vaste territoire et ses possessions d'outre-mer, abrite un grand nombre d'espèces animales et végétales. Pourtant, l'opinion est mûre: «Il y a une disposition profonde pour la mutation écologique», estime l'animateur.

Désormais, les politiciens de tous bords le courtisent assidûment. Le candidat socialiste Laurent Fabius s'est dit prêt à en faire le numéro deux de son gouvernement s'il était élu. Nicolas Sarkozy l'a invité à dîner et son parti, l'UMP, prétend s'inspirer de ses propositions. La quasi-intégralité du monde politique juge son discours «légitime» et «crédible».

Il faut dire que Nicolas Hulot est populaire: un récent sondage affirme que 66% des Français voient en lui le meilleur défenseur de l'environnement dans la campagne présidentielle. Mais ira-t-il jusqu'au bout? Beaucoup en doutent et notent que, mentalement, il ne semble pas préparé à affronter le rude combat pour la fonction suprême.

«Je crois que ce n'est pas un homme politique», commente Daniel Bois, spécialiste de l'écologie à Sciences po. «Auparavant, il a essayé d'avoir une influence sur Jacques Chirac et sur les partis. Aujourd'hui, il passe à un autre niveau, il fait monter les enchères [autour du] thème environnemental.»

La possibilité d'une candidature de Nicolas Hulot à la présidentielle laisse également sceptique le photographe Yann Arthus-Bertrand, qui soutient pourtant son «Pacte écologique»: «Se présenter n'est pas le plus important, car de toute façon il ne gagnera pas.»

Pour un pacte écologique, Nicolas Hulot, Calmann-Lévy