Climat

Nicolas Hulot: «En termes de climat, nous sommes au seuil de l’irréversible»

Le ministre français de la transition écologique et solidaire était à Genève jeudi où il a pris la mesure des conséquences du retrait du financement américain au GIEC. Il appelle à un sursaut collectif en vue d'accélérer les mesures pour lutter contre le réchauffement de la planète

«Je prends acte de jour en jour que la fenêtre d’opportunité se réduit. Nous sommes dans une phase décisive, au seuil de l’irréversibilité.» Ministre français de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot est venu jeudi à Genève pour s’enquérir de plusieurs dossiers liés au climat quelques jours avant le sommet qu’organise l’Elysée, One Planet Summit, à l’occasion du deuxième anniversaire de l’accord de Paris sur le climat. Devant quelques journalistes au Palais des Nations, il a livré son sentiment en matière de lutte contre le changement climatique.

Accélérer le travail

Face au défaitisme qui semble s’installer en Europe après le retrait américain de l’Accord de Paris sur le climat, Nicolas Hulot insiste. Il faut «changer d’échelle dans nos ambitions et aller beaucoup plus vite si on veut atteindre l’objectif» visant à contenir le réchauffement climatique à moins de 2 degrés Celsius. «Nous n’avons pas perdu la guerre, nous avons encore les cartes en main, mais pour un temps très court», a-t-il ajouté exhortant les Européens à ne pas fléchir et à ne pas s’habituer à l’idée que les objectifs de Paris ne seront pas tenus. Le ministre appelle à un sursaut collectif dans l’optique de la COP 24.

Au cours de sa visite genevoise, Nicolas Hulot s’est rendu à l’Organisation mondiale de la santé pour évoquer la relation cruciale, à ses yeux, entre santé et climat. Il a aussi rencontré le président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) auprès de l’Organisation météorologique mondiale. «C’était très important pour moi de me rendre à l’OMM qui héberge le GIEC. Mais j'ai pu le constater: ce dernier bénéficie de moyens limités en argent et en personnel. Il est aujourd’hui très affecté par le retrait américain en termes de financement. Le président du GIEC passe désormais plus de temps à chercher de l’argent qu’à remplir sa mission. La France fera en sorte de compenser, avec d’autres pays, la contribution de 40% que les Etats-Unis apportaient au budget du GIEC.»

Fonds vert insuffisamment financé

Le ministre français a évoqué l’équilibre, difficile à trouver entre les mesures à prendre en termes de transition énergétique pour s’affranchir des énergies fossiles et celles qui sont déjà nécessaires pour permettre aux pays déjà touchés de s’adapter aux nouvelles conditions provoquées par le changement climatique. «Nous devrons être créatifs pour trouver la bonne ingénierie financière. Jusqu’ici, nous ne nous sommes pas donnés assez de mal pour trouver les bons outils.»

Je ne dis pas que le conflit syrien est dû au climat, mais celui-ci a été un facteur aggravant.

Or comme l’a martelé le ministre, la communauté internationale n’est toujours pas en mesure d’atteindre les objectifs qui avaient été fixés à Copenhague pour constituer un fonds vert de 100 milliards de dollars par an. A ce jour, les Etats ont contribué à ce fonds pour 60 à 70 milliards. «Ce n’est bien sûr pas suffisant. Un seul événement climatique dans les Caraïbes a engendré des coûts de plus de 64 milliards pour un seul pays.» Dans cette logique, Nicolas Hulot a fustigé le maintien des subventions considérables versées aux énergies fossiles. «Il est stupide de voir trop petit» dans la transition énergétique, relève-t-il, estimant que l’économie a d’ailleurs tout à y gagner.» Pour Nicolas Hulot, on ne peut pas se permettre de se concentrer uniquement sur les efforts d'adaptation. Il faut transformer l'économie. Car on aurait beau mettre tous les moyens du monde à disposition pour s'adapter au changement climatique, cela ne suffirait pas. Il faut, estime-t-il, agir pour limiter les émissions de CO2 et par là le réchauffement.

Car ce qui est en jeu, ce sont des millions de réfugiés climatiques qui n’ont, pour l’heure, pas de statut spécifique. Le ministre de la transition énergétique rappelle qu’au départ du conflit syrien, il y avait un problème climatique au nord-est du pays qui a poussé nombre de personnes à se déplacer vers le sud-est. «Je ne dis pas que le conflit syrien est dû au climat, mais celui-ci a été un facteur aggravant.»

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