Nicolas Maduro tente de reprendre en main le secteur pétrolier vénézuélien, à genoux, en nommant ministre du pétrole Tareck El Aissami. Cet homme de confiance aura pour tâche de «restructurer et réorganiser» le secteur pétrolier à l'heure où les prix du brut sont au plus bas, indique le décret signé par le président socialiste et paru dans le Journal officiel lundi.

Par le biais d'un autre décret paru le même jour, le chef de l'Etat nomme aussi Asdrubal Chavez, un cousin du défunt président Hugo Chavez (1999-2013), à la tête de la compagnie pétrolière publique Petroleos de Venezuela SA (PDVSA). Hugo Chavez a présidé Citgo, la filiale américaine de PDVSA, entre 2017 et 2018. Depuis novembre 2017, la présidence de PDVSA et le ministère du pétrole étaient aux mains d'un seul homme, le général Manuel Quevedo.

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Inculpé pour «narco-terrorisme»

Tareck El Aissami, vice-président chargé de l'économie qui se dit «radicalement chaviste», est l'un des piliers du système politique vénézuélien. Il fait l'objet de sanctions américaines depuis 2017, avec gel d'éventuels avoirs aux Etats-Unis, notamment, pour «narcotrafic». En outre, la justice américaine l'a inculpé de «narco-terrorisme» en mars dernier, tout comme Nicolas Maduro et treize autres responsables et anciens responsables vénézuéliens de premier plan.

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Washington offre 10 millions de dollars (9,2 millions d'euros) pour toute information menant à l'arrestation de Tareck El Aissami, et 15 millions de dollars (13,8 millions d'euros) pour des informations permettant la capture du chef de l'Etat.

Sous l'impulsion de Donald Trump, l'administration américaine est allée crescendo ces derniers mois dans ses sanctions à l'encontre de Nicolas Maduro, avec l'espoir de le pousser à renoncer à la présidence du Venezuela qu'il occupe depuis 2013. Washington, tout comme près d'une soixantaine d'autres capitales, reconnaît l'opposant Juan Guaido comme président par intérim du pays sud-américain.

Grave pénurie d'essence depuis la mi-mars

Cette réorganisation du secteur pétrolier, qui génère plus de 90% des revenus du Venezuela, intervient au moment où les prix du brut sont au plus bas. Le prix du baril vénézuélien est tombé à moins de 10 dollars (9,90 dollars) vendredi, atteignant un plancher plus vu depuis 1998 (9,38 dollars).

La production de pétrole du pays sud-américain est en chute libre: de trois millions de barils par jour en 2008, elle est passée à moins de 700 000 barils par jour à l'heure actuelle, selon les chiffres communiqués par Caracas à l'Opep. Le pouvoir chaviste met cette dégringolade sur le compte des sanctions et de l'embargo américains sur le brut vénézuélien en vigueur depuis avril 2019. L'opposition vénézuélienne, elle, estime que l'incurie, la corruption et le manque d'investissements sont à la racine du problème.

Une grave pénurie d'essence touche tout le pays depuis la mi-mars et le début du confinement décrété par Nicolas Maduro pour tenter d'endiguer la pandémie due au coronavirus.

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Plus généralement, le Venezuela affronte la pire crise économique de son histoire récente avec une inflation galopante (9000% en 2019) qui a gravement appauvri toute sa population, et des pénuries de médicaments et de biens de consommation courante.