Venezuela

Nicolas Maduro: «Ce pays a des gens qui l’aiment»

Ancien homme de confiance de Hugo Chavez, le président vénézuélien a mené son pays au bord de la banqueroute

Les sondages – certes commandités par l’opposition – disent que plus de neuf citoyens sur dix voudraient le voir déguerpir. Il dirige un pays au bord de l’effondrement total, où l’inflation se mesure désormais en millions de pour cent. Une partie croissante des dirigeants de la planète ne le reconnaissent plus en tant que président. Pourtant, Nicolas Maduro s’accroche. «Ce pays a des gens qui l’aiment, et qui le défendent», disait-il ces jours en justifiant les obstacles théâtralement posés à la frontière colombienne afin d’empêcher toute arrivée d’aide humanitaire.

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Nicolas Maduro? Voilà six ans qu’il est chargé d’incarner le chavisme, ce mouvement dont un intellectuel vénézuélien dit qu’il est une «religion politique en construction, dont le prophète ultime a disparu». Pour le président vénézuélien, qui fut désigné comme son successeur par Hugo Chavez en 2012, quelques mois avant sa mort, les références à son ancien mentor – proclamé entre-temps «commandant éternel» – restent omniprésentes, presque obsessionnelles. Seul l’ancien Lider maximo cubain, Fidel Castro, a droit à des égards comparables. Ainsi que, de manière plus inattendue, le gourou indien Sathya Sai Baba.



C’est en 2005 que Maduro effectua son pèlerinage en Inde, aux côtés de sa compagne Cilia Flores, qui fut l’avocate de Chavez et qui reste l’une des grandes dignitaires du régime. A l’époque, la dévotion de Maduro pour Cuba était déjà bien établie. Après avoir étudié dans un lycée technique au Venezuela, ce membre d’une famille de milieu modeste va parfaire son éducation sur l’île de Castro. A son retour, ses convictions révolutionnaires n’en sont que plus solides. Dès 1992, date où Hugo Chavez tentera un coup d’Etat, Maduro devient progressivement un soutien inconditionnel du futur «Comandante». Député, rédacteur de la future constitution, puis ministre des Affaires étrangères: Maduro est l’homme de confiance du président. Au point de devenir celui qui devait mener à son port la révolution, une fois privée de son «prophète ultime».

«Deux atouts»

«Maduro avait deux atouts principaux, note Serge Ollivier, historien et chercheur au centre Mondes américains. Ce n’était pas un militaire et, de par son poste de chancelier, il avait rencontré tous les chefs d’Etat.» Même dans l’ombre constante de Chavez, il était le plus à même d’incarner la continuité de l’Etat. Et ce, dépourvu des attributs militaires qui collaient à la révolution bolivarienne de son mentor, lui-même militaire de carrière.

Lors de l’annonce de la passation des pouvoirs, Hugo Chavez s’était moqué de cet ancien conducteur d’autobus, devenu par la suite syndicaliste, friand de franc-parler et de gros mots, et dont on avait peine à croire qu’il possédait la stature d’un homme d’Etat. Mais on sous-estimait davantage encore un autre élément: la gravité de la situation économique dont il héritait. Tous les ingrédients étaient déjà en place, et la crise a fini par éclater dans toute son ampleur.

C’est un système prédateur. Chacun se tient grâce à la corruption généralisée. Mais il n’est pas durable du point de vue économique

Serge Ollivier, historien et chercheur au centre Mondes américains

Maduro n’est pas un militaire, mais militaire, son régime l’est très vite devenu. Depuis qu’il est au pouvoir, le président a procédé à la nomination de quelque 2000 généraux. Les militaires sont aujourd’hui aux commandes du secteur pétrolier, de la plupart des entreprises publiques, des gouvernorats ou des ministères les plus importants… «Pour asseoir son pouvoir, Maduro est vite devenu l’arbitre entre les différents clans politico-affairistes et les militaires qui se partagent le pouvoir. Mais il a aussi taillé sa propre clientèle en lui offrant une partie du gâteau.»

D'immenses fortunes créées 

Car si la pauvreté est aujourd’hui partout dans le pays, des immenses richesses se sont aussi créées. Les SwissLeaks ont montré en 2015 la présence de quelque 12 milliards de dollars provenant de fonds publics vénézuéliens au sein de la seule banque HSBC. Ancienne procureure et proche de Hugo Chavez, aujourd’hui en exil, Luisa Ortega Diaz accuse, elle, directement Nicolas Maduro en évoquant des centaines de millions de dollars de pots-de-vin.

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Le paradoxe: à mesure que l’économie s’approche de la banqueroute, le système mis en place accélère à grande vitesse la moisson de certaines de ces fortunes. Le jeu entre un bolivar (la monnaie nationale) qui ne vaut plus rien et sa conversion en dollars fait des merveilles pour celui qui tient en mains les bonnes manettes. Et toute critique est devenue pratiquement impossible, tandis que la presse libre n’est plus qu’un lointain souvenir, et que le régime est devenu de plus en plus ouvertement autoritaire. «C’est un système prédateur. Au sein de ce système, chacun se tient grâce à la corruption généralisée. Mais il n’est pas durable du point de vue économique, et il mène le pays tout droit à la ruine», résume Serge Ollivier.

«La guerre psychologique qui est menée contre nous est anormale, disait encore cette semaine Nicolas Maduro en référence aux pressions internationales qui s’exercent pour obtenir son départ. Mais nous avons des forces armées qui sont capables de nous défendre. Ici [au Venezuela], personne n’entrera, je vous l’assure.»

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