La burqa, voile intégral porté surtout en Afghanistan, «n’est pas un signe religieux, c’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement» de la femme, a affirmé M. Sarkozy, alors que le gouvernement n’exclut pas une future loi pour réglementer voire interdire le port du voile intégral en France.

«Je veux le dire solennellement. La burqa ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la République française», a dit le président lors de ce discours, le premier d’un chef de l’Etat français devant les députés et sénateurs sous la Ve République. Cette innovation institutionnelle a été permise par une réforme de la Constitution votée en 2008.

«Nous ne pouvons pas accepter dans notre pays des femmes prisonnières derrière un grillage, coupées de toute vie sociale, privées de toute identité. Ce n’est pas l’idée que la République française se fait de la dignité de la femme», a-t-il ajouté.

Sujet sensible Il s’est prononcé en faveur d’une commission d’enquête sur le port du voile intégral en France, demandée par une soixantaine de députés. Cette démarche a déclenché une nouvelle polémique en France sur la laïcité, un sujet extrêmement sensible dans le pays.

«La laïcité, ce n’est pas le refus de toutes les religions. C’est un principe de neutralité et de respect», avait auparavant affirmé M. Sarkozy.

«Nous ne devons pas nous tromper de combat; dans la République la religion musulmane doit être autant respectée que les autres religions», avait-il tenu à souligner.

Le président français a également annoncé un remaniement ministériel pour mercredi. Le premier travail du nouveau cabinet «sera de réfléchir à nos priorités nationales et à la mise en place d’un emprunt pour les financer», a dit M. Sarkozy.

Concertations entre acteurs sociaux Une concertation de trois mois sera lancée avec le parlement, les partenaires sociaux, les milieux économiques et culturels, afin de définir ces priorités.

«Les décisions ne seront prises qu’au terme de ce débat. Quant à l’emprunt, le montant et les modalités seront arrêtés une fois que nous aurons fixé ensemble les priorités», a ajouté le président français.

M. Sarkozy a exclu toute politique de rigueur pour réduire les déficits publics et toute augmentation d’impôts.

Grandes décisions en 2010 Il a annoncé que des décisions seraient prises en 2010 concernant le financement des retraites. «Quand viendra le temps de la décision à la mi-2010, que nul ne doute que le gouvernement prendra ses responsabilités», a-t-il affirmé.

«2010 sera un rendez-vous capital, il faudra que tout soit mis sur la table: l’âge de la retraite, la durée de cotisation et la pénibilité» du travail, a-t-il encore ajouté, précisant que «toutes les options seront examinées».

Le débat s’est focalisé ces derniers jours sur l’opportunité de retarder l’âge légal de la retraite, fixé actuellement à 60 ans.

Les socialistes dénoncent une «dérive» Le président français a estimé que l’allégement des effectifs de la fonction publique devait se poursuivre et affirmé qu’il fallait «aller le plus loin possible sur la taxe carbone», c’est-à-dire une fiscalité pénalisant les énergies les plus polluantes.

En introduction de son discours, Nicolas Sarkozy a assuré que la crise avait «remis à la mode» le modèle français, en ébranlant les «dogmes» du libéralisme.

Les socialistes ont fait lundi le serment de lutter contre la «dérive présidentialiste du régime». Et de réclamer de pouvoir s’exprimer devant le Premier ministre François Fillon, à défaut de pouvoir le faire devant le chef de l’Etat.