Primaire

Nicolas Sarkozy, la chute finale

Sèchement éliminé au premier tour des primaires de la droite, l’ancien président français a promis de s’éloigner de nouveau de la vie politique. Analyse et explications d’un retour raté

Nicolas Sarkozy a-t-il pensé un instant, qu’il échouerait aussi sèchement au soir du premier tour des primaires de la droite et du centre, avec moins de 21% des voix contre 44% pour le vainqueur François Fillon? A l’écouter dimanche soir prononcer sa longue déclaration, comme s’il ne souhaitait pas quitter le podium et le micro, cela paraît peu probable.

Voir le discours de défaite de Nicolas Sarkozy.

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L’ancien président français (de 2007-2012), 61 ans, revenu en politique en septembre 2014 puis élu à la tête de l’ex UMP – rebaptisé Les Républicains – en novembre 2014, avait replongé dans le chaudron présidentiel avec une conviction: dans une France en colère où l’extrême droite n’a jamais été aussi forte, sa détermination lui permettrait de surclasser ses adversaires à l’énergie.

Pari raté, car le besoin de repères et de valeurs, surtout dans la France périphérique délaissée par les métropoles, l’a emporté sur la colère à la Donald Trump. Pari raté aussi, en raison d’une erreur d’analyse faite par les commentateurs: l’homme à battre lors de cette primaire inédite droite n’était pas le technocrate Alain Juppé, mais l’élu de terrain François Fillon, son ancien premier ministre, en lequel Nicolas Sarkozy ne voyait plus, avec une bonne dose de mépris, qu’un «collaborateur».

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Première erreur: avoir oublié les élites traditionnelles

Cette double erreur d’analyse n’est pas si surprenante. D’abord parce que rien ne permettait, dans la galaxie Sarkozy, de repérer le retour en force de François Fillon. Entouré d’élus provenant pour l’essentiel des grandes villes, à l’image de l’ex maire de Nice Christian Estrosi ou de son jeune directeur de campagne Gérald Darmanin, député-maire de Tourcoing (Nord), Nicolas Sarkozy est passé à côté de l’autre douleur française: celle des territoires et des élites traditionnelles, ces fameux notables qui ne l’ont jamais accepté. Son obsession du FN lui a fait oublier qu’il lui fallait d’abord s’imposer à droite, au-delà des militants du parti Les Républicains qu’il avait réussi à remettre en selle.

Deuxième erreur: ne pas avoir cru à cette primaire…

Sa deuxième erreur a été, tout en les acceptant à contrecœur, de ne pas croire à l’effet «primaire». Bonapartiste en diable, Nicolas Sarkozy n’a jamais cru que ce scrutin directement copié sur la primaire socialiste de 2011 rassemblerait plus de quatre millions d’électeurs, et deviendrait de fait l’antichambre de la présidentielle. Il n’a pas vu, non plus, que son statut d’ancien président de la République se retournerait contre lui lors des trois débats télévisés, lors desquels chacun de ses adversaires s’est positionné contre son bilan, cherchant à prendre ses distances, voire lui adressant de vifs reproches.

Son pari était celui de l’expérience. Elle ferait oublier, croyait-il, les fractures qui furent celles de son quinquennat. Erreur. Les expériences de François Fillon, qui dirigea le gouvernement avec abnégation sous son quinquennat, et d’Alain Juppé, qui fut son ministre des Affaires étrangères, ont été jugées tout aussi crédibles. D’autant que sont remontées à la surface, dans les derniers jours de la campagne, les accusations de financement libyens et autres casseroles judiciaires qui continuent de l’accompagner.

Voir cette note de lecture: Nicolas Sarkozy face à lui-même

Une fin de partie théâtrale, et sportive

Nicolas Sarkozy croyait avoir une chance. Or son erreur de diagnostic et son positionnement lui ont été fatals. Et comme en 2012, force est de reconnaître qu’il a su d’emblée sortir de cette impasse par le haut: théâtral tant il s’est attardé sur les remerciements, promettant désormais de se consacrer à ses «passions privées», l’ancien chef de l’Etat a d’emblée rallié François Fillon, tout en demandant à ses électeurs de ne pas voter pour les extrêmes. Il a été fair-play. Il n’a pas cherché à contester les résultats d’un scrutin qu’il avait contre son gré accepté de mettre en place. Le «sportif» Sarkozy l’a emporté dimanche soir sur le politicien souvent tenté par le sectarisme et l’outrance. Dont acte.

Quitte-t-il vraiment la politique?

C’en est donc fini de «Sarko»? Pas sûr pour autant. Car l’homme a de la volonté et se retrouve dans une position d’acteur certes défait, mais encore incontournable de la vie politique hexagonale. Ses «passions privées», on l’a vu après sa défaite de 2012, ne pèsent guère face à sa ferveur politique, même si elles peuvent rapporter gros sous forme de conférences internationales.

Grand fauve de l’arène publique tricolore, Nicolas Sarkozy a, en outre, pour lui des qualités de combattant et une ténacité hors du commun. François Fillon, désormais positionné comme le grand favori pour la campagne présidentielle de 2017, vu la dynamique qu’il a enclenchée, pourrait donc être tenté d’avoir recours à son ancien patron pour affronter l’extrême droite. Face à cette dernière, son discours n’est peut-être pas assez musclé, et son libéralisme économique passe mal.

Un rebond européen?

La suite sera alors question d’opportunités. Il y a quelques jours encore à Paris, un député européen de passage nous faisait remarquer qu’en juin 2017, soit un mois après les présidentielles françaises, le poste de Donald Tusk, président du Conseil européen – qui représente les Etats membres – viendra à échéance. Pourquoi pas, alors, une candidature de Nicolas Sarkozy? Pour l’heure, cela paraît prématuré. Mais l’ancien président n’a jamais caché son plaisir d’avoir présidé et bousculé l’Union européenne en 2008. A bon entendeur… La chute de Sarkozy est sans doute finale sur le plan intérieur, pas obligatoirement sous d’autres horizons.

La conclusion, enfin, est la disparition de la perspective tant redoutée par beaucoup d’un nouvel affrontement Sarkozy-Hollande. L’ancien président était, au fond, le meilleur candidat possible pour l’actuel locataire de l’Elysée – toujours résolu, semble-t-il, à se présenter, malgré son impopularité record. Impossible désormais de diaboliser le candidat de la droite comme François Hollande aurait su le faire.

La droite des «valeurs» de François Fillon devient l’adversaire d’une gauche disloquée, atomisée par son action au gouvernement. Nicolas Sarkozy était, dans le débat, un épouvantail commode et lui-même jouait à fond cette carte. Maintenant qu’il a quitté la scène, et que la droite traditionnelle à la Fillon est remise en selle, le président «normal» Hollande se retrouve confronté à son plus grand handicap: son image et son bilan. Comme Sarkozy «le perdant».


En Dates

6 mai 2012. Battu par François Hollande au second tour de la présidentielle par 48,38% des voix contre 51,62%. Retrait de la vie politique.

29 novembre 2014. Elu président de l’UMP avec 65% des voix face à Bruno Le Maire. L’UMP devient «Les Républicains».

16 février 2016. Mis en examen pour «financement illégal de sa campagne électorale».

20 novembre 2016. Battu au premier tour de la primaire, devancé par François Fillon et Alain Juppé. Annonce de nouveau son retrait de la vie publique.

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