A n’en pas douter, Nicolas Sarkozy est heureux. Son livre, Le Temps des tempêtes, sorti en librairie le 24 juillet (Editions de l’Observatoire), caracole en tête des ventes. Avec déjà près de 100 000 exemplaires, il devance Joël Dicker et Guillaume Musso. On l’a vu partout: au journal télévisé de TF1, dans Paris Match, dans Le Figaro Magazine. Et transpirant comme à la fin d’un meeting après des séances de dédicaces dans les librairies de villes balnéaires, où ses fans patientaient parfois pendant deux heures pour l’approcher.

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En 2019 déjà, son livre Passions s’était écoulé à plus de 250 000 exemplaires. Amateur compulsif des tirages et des audiences, il n’aura pas manqué d’établir une comparaison avec les exercices similaires de ses prédécesseurs: 150 000 exemplaires pour Les Leçons du pouvoir de François Hollande en 2018 et 370 000 exemplaires pour Chaque pas doit être un but de Jacques Chirac en 2009. «Je n’ai pas voulu écrire pour l’histoire, mais pour les Français. Je raconte aux Français nos souvenirs», explique Nicolas Sarkozy, qui a toujours comparé son histoire politique à une histoire d’amour avec des hauts et des bas, comme toutes les histoires d’amour.

L’entrave des affaires judiciaires

Des bas, il en a connu, depuis sa défaite de 2012 face au socialiste François Hollande! Après avoir tourné le dos à la politique pour se consacrer à des conférences et prendre place dans les conseils d’administration de grands groupes, il s’est présenté à la primaire de la droite en 2016, n’obtenant qu’un peu plus de 20% des voix et laissant Alain Juppé et François Fillon jouer la finale. Puis il a été rattrapé par des affaires judiciaires – il comparaîtra du 5 au 22 octobre pour «corruption» et «trafic d’influence» dans le cadre d’une affaire d’écoutes téléphoniques et au printemps 2021 pour «financement illégal de campagne électorale». Difficile, dans ces conditions, d’envisager un come-back pour l’élection présidentielle de 2022. Lui-même écarte l’hypothèse: «Je ne suis plus un acteur de la politique, mes amis politiques doivent comprendre que mon rôle n’est plus de mener le combat.» Il ajoute quand même: «Je ne suis pas trop vieux, je suis encore dans le coup» et assure avoir, à 65 ans, autant d’énergie qu’à 40.

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Une partie de la droite a la nostalgie de l’époque où Nicolas Sarkozy la faisait rêver, et surtout lui faisait gagner les élections. En 2017, François Fillon a mené ses troupes à une humiliante défaite, laissant face à face Emmanuel Macron et Marine Le Pen. A la tête du parti Les Républicains, Christian Jacob (qui doit voir Nicolas Sarkozy cet été dans la résidence de Carla Bruni au cap Nègre) ne fait pas partie des «présidentiables» et le candidat qu’il aimerait soutenir, François Baroin, n’a toujours pas donné le signal qu’il pourrait se lancer dans la course. Prétendant solide mais ne faisant plus partie de LR, Xavier Bertrand, président de la Région Hauts-de-France, a déclaré ce 11 août qu’il «se prépare» pour la présidentielle et que les élections régionales de 2021 constitueront sa primaire. Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France, pourrait faire le même calcul.

«S’il peut revenir, il reviendra»

Personne ne s’impose, alors qu’une partie des électeurs de droite approuve la politique d’Emmanuel Macron et que la personnalité politique préférée des Français est désormais Edouard Philippe, l’ancien premier ministre qu’Emmanuel Macron était allé chercher dans le grand parti de la droite. Dans ce sondage réalisé par Ipsos avant la sortie de son livre, Nicolas Sarkozy pointe à la sixième place avec 40% d’opinions favorables. «S’il peut revenir, il reviendra. Il ne s’interdira rien», jure Nadine Morano, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy qui ne croit pas à la complicité de celui-ci avec Emmanuel Macron.

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En vacances tous les deux sur les bords de la Méditerranée, Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy pourraient se retrouver pour un dîner. Depuis son élection en 2017 et surtout depuis la pandémie de Covid-19, le président de la République consulte régulièrement son prédécesseur. Ce qui ne veut pas dire qu’il suit toujours ses conseils. «Quand Emmanuel Macron m’appelle, je dis ce que je ferais dans telle ou telle situation, mais c’est à lui de décider», indique dans Le Figaro Magazine Nicolas Sarkozy, pas mécontent de laisser dire qu’il est devenu un sage que l’on consulte. Après les cérémonies du 8 mai, les deux hommes ont parlé de la crise sanitaire. Message de Nicolas Sarkozy: «Si vous essayez de gérer la crise, elle vous emportera. Il faut en profiter pour casser les codes. Toute crise peut être une opportunité.» Dans une intervention ultérieure, Emmanuel Macron a repris l’idée de l’opportunité de la crise. Les deux présidents ont en commun la volonté de «casser les codes» et de «renverser la table» dans une France qui ne se laisse pas faire.

Ne pas se mettre Sarkozy à dos

On note aussi, à droite, que le choix, pour le poste de premier ministre, de Jean Castex, ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée du temps de Nicolas Sarkozy, ne s’est sûrement pas fait sans que celui-ci ait donné un avis, voire un feu vert. Et que les ministres Gérald Darmanin et Roselyne Bachelot, eux aussi venus de la droite, ont été ou sont proches de l’ancien président. D’autres remarquent sans plaisir que «Macron déshabille méthodiquement LR» et que Sarkozy donne davantage de conseils à l’actuel président que de signes d’encouragement à sa propre famille politique.

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Selon l’ancien président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer, «Sarkozy a réussi son mandat, il a été battu par quelqu’un qui a échoué, il apparaît comme épanoui, il est heureux de vendre des livres. Je ne vois pas, en dehors de circonstances vraiment exceptionnelles, pourquoi il reviendrait.» Mais, ajoute-t-il, «Macron ne peut pas se permettre de se le mettre à dos». Au cas où. Car en France, l’élection présidentielle est aussi une histoire de grands fauves qui se reniflent.