«Encore un livre sur Sarkozy?». La première phrase de «Nicolas et les vampires» (Ed. Robert Laffont), l’ouvrage de Serge Raffy sur l’ancien président français, va au cœur du problème. Que raconter encore sur l’ex-locataire de l’Elysée, dont le destin politique est désormais lié aux deux tours de la primaire de la droite, les 20 et 27 novembre?

L’auteur, ancien journaliste à l’Obs connu pour être l’un des confidents de longue date de François Hollande, répond par une série de chapitres bien troussés, qui cherchent moins à nous faire comprendre son personnage qu’à nous le décrire. On sent d’où vient l’inspiration du livre, lorsque Raffy évoque, dans les dernières pages, l’admiration portée par Sarkozy aux films noirs d’antan, dont les dialogues à la fois populistes et acérés étaient signés Michel Audiard. Son Sarko est de cette trempe-là: surtout habile dans le duel, la confrontation, dans le rapport de forces. A son meilleur lorsqu’on le provoque. Toujours dans la séduction virile.

Peine à demeurer dans son époque

Ce Sarkozy-là a, au fond, le même problème que les réparties filmiques d’Audiard. Il fait souvent mouche lorsqu’il parle. Il tape souvent juste. Mais il peine de plus en plus à demeurer dans son époque. Et pour s’en rendre compte, la lecture de «On prend (presque) les mêmes et on recommence» de l’interviewer de France Info (après avoir longtemps officié à RTL) Jean-Michel Aphatie complète bien le propos. Son résumé de celui que son ancien premier ministre François Fillon, humilié à Matignon entre 2007 et 2012, rêve de coiffer sur le poteau dimanche, à l’issue du premier tour des primaires pour en découdre avec Alain Juppé? «Plus fort que tout le monde. Innovant. Audacieux. Avant d’être ramené à sa condition ordinaire devant la résistance des gens et des choses à son agitation aussi vaine qu’inutile».

L’attrait des alcôves au pouvoir

Jean-Michel Aphatie ne décrit pas les coulisses à la manière d’un Serge Raffy. Il ne pénètre dans les bureaux de Nicolas Sarkozy que pour l’interroger, la plupart du temps micro en main. Il ne prend pas le temps d’échanger avec Carla Bruni, cette épouse que l’ex-journaliste de l’Obs peint comme une influente manipulatrice, résolue à retourner à l’Elysée tant elle aime les alcôves du pouvoir. Les deux livres-miroirs, côte à côte, fonctionnent comme un scanner éditorial dont l’ancien Chef de l’Etat français sort disséqué: «Sa préoccupation est de dominer, d’occuper seul l’espace, de réduire l’autre au rang de spectateur d’une écrasante et parfois inconvenante mise en scène de lui-même». Tout est dit.


«Nicolas et les vampires» de Serge Raffy (Ed. Robert Laffont)

«On prend (presque) les mêmes et on recommence» de Jean-Michel Aphatie (Ed. Flammarion)