Il fallait un triomphe, mais un triomphe qui ne fasse d'ombre ni au premier ministre, Jean-Pierre Raffarin qui était au premier rang à côté de Bernadette Chirac, ni aux chiraquiens qui ont voté pour Nicolas Sarkozy parce qu'ils ne pouvaient faire autrement, ni au principal absent (pour des raisons protocolaires), Jacques Chirac. Il fallait un triomphe auprès des militants de l'Union pour un mouvement populaire. Nicolas Sarkozy a été élu président de l'UMP avec 85,1% des 78 830 suffrages exprimés par les 113 922 membres du parti à jour de cotisations. Mais il a organisé, hier au parc des expositions du Bourget, dans la banlieue nord de Paris, un triomphe modeste, sans les falbalas annoncés toute la semaine par les observateurs «bien» informés.

Ce congrès n'a été ni une cérémonie fastueuse, ni un parc d'attractions politique. Mais un congrès comme beaucoup d'autres, avec stands, arènes pour des débats confus, distribution de repas sur des plateaux biodégradables, tee-shirts à la gloire de l'élu, et drapeaux bleu-blanc-rouge. Avec des ministres qui se baladent démocratiquement dans la cohue. Et des participants qui conversent librement pour autant qu'on ne leur brandisse pas un micro en sollicitant une déclaration officielle.

Nicolas Sarkozy a fait salle comble; il a plus que doublé le score du congrès organisé en 2002 au même endroit par son prédécesseur, Alain Juppé: précisément 42 329 participants plus les 1000 personnes appartenant au service de sécurité, selon l'un des responsables du recensement, très fier de présenter ce chiffre. Si le succès d'une manifestation se lit sur les visages au moment de la sortie, ceux qui ont quitté le parc des expositions avaient le sourire qui suit les victoires alors que l'UMP vient d'essuyer trois défaites électorales. C'est peut-être cela, le miracle Sarkozy, cette façon de foncer en oubliant les déconvenues, ce «volontarisme républicain» dont il a fait son credo. Un volontarisme qui emporte l'adhésion, et qui fascine jusque dans les rangs de cette délégation de notre Parti radical, venue au Bourget pour tenter de savoir si la bipolarisation aura raison du centre et du multipartisme.

Le nouveau président de l'UMP va régner sans partage sur le parti le plus riche de France parce qu'il l'a conquis par la base. Ainsi ce jeune homme qui dit à son voisin dans l'une des navettes affrétées pour aller de la gare du RER au parc des expositions: «Aujourd'hui, il faut une nouvelle génération politique. L'UMP, maintenant, ce sera un vrai parti.» Cet adjoint au maire d'une petite ville de Province: «On s'endormait, surtout dans les régions; on avait besoin d'une secousse, on va l'avoir.» Ce militaire de carrière qui raconte sa journée sur un téléphone portable: «Sarkozy a bien parlé. Il a mis la frite à tout le monde. Lui, c'est vraiment un meneur d'hommes.»

Ou encore cette dame en tailleur qu'on attendrait moins tranchante: «Vous avez vu les gens, les jeunes, c'est autre chose qu'avec Juppé en 2002. On s'ennuyait, j'ai failli partir pendant son discours. Je ne comprends pas pourquoi le Vieux [ndlr: Jacques Chirac] s'est entêté. Juppé parle compliqué, c'est un homme de dossiers. Sarkozy parle à tout le monde. C'est un homme qui connaît la vie, qui est fils d'immigré, qui est petit, et qui a dû se battre. Il a les mains libres. On est tous derrière lui. On le sera en 2007. C'est son tour. Maintenant, ce sont les militants qui décident.»

A la tribune, les propos sont plus nuancés. Chacun félicite l'élu. Mais saupoudre les avertissements. Jean-Pierre Raffarin rappelle le soutien qui est dû au gouvernement. François Fillon, le ministre de l'Education nationale, choisi comme numéro deux du parti par Nicolas Sarkozy pour rassurer les chiraquiens et les vieux gaullistes, proclame: «Nicolas Sarkozy n'est pas un problème pour la droite, il est un vrai problème pour la gauche.» Mais il répète que le sort de l'UMP et celui du gouvernement sont indissociables, et que personne ne sera candidat à la présidentielle de 2007 avant que Jacques Chirac ne fasse connaître sa décision. Ou le président de la République, qui adresse un message au congrès, de brèves félicitations au nouvel élu, et un long plaidoyer pour sa propre politique que doit lire Nicolas Sarkozy lui-même, avant que deux jeunes femmes, issues de l'immigration, n'entonnent la Marseillaise.

Un congrès de ce genre se lit entre les vivats, les images et les lignes. Nicolas Sarkozy n'a pas ménagé ses efforts pour montrer, sans jamais ouvrir les hostilités, qu'il n'avait qu'un programme, le sien.