Bien sûr, il avait pris soin de dédramatiser. Il ne s’agissait que d’une élection «en famille», avait-il encore dit samedi après-midi après avoir été voté. Une compétition dans le «calme» et sans véritables «adversaires», à l’en croire. Ses lieutenants aussi avaient assuré les arrières. Le seul fait d’être élu dès le premier tour serait une victoire, avait prévenu Brice Hortefeux.

N’empêche. Si Nicolas Sarkozy s’empare bel et bien de la présidence de l’UMP, un parti qu’il avait déjà dirigé de 2004 à 2007, son score n’est pas à la hauteur des espérances de l’ancien chef de l’Etat. Celui-ci n’emporte que 64,5% des suffrages des adhérents. C’est Bruno Le Maire qui crée la vraie surprise de cette campagne interne avec 29,18%. Le troisième homme de la course, Hervé Mariton, ne relève pas le défi qu’il s’était posé. Avec 6,32%, il ne réalise pas le score à deux chiffres qu’il espérait. La participation a été meilleure que lors du dernier scrutin interne, lorsque François Fillon et Jean-François Copé s’étaient disputé la victoire: 58% des 270 000 militants ont voté contre 54% en 2012. «Le temps est désormais venu de passer à l’action», a posté ce samedi soir Nicolas Sarkozy sur sa page Facebook, en précisant qu’il recevrait dès lundi les principaux responsables du parti. Mais pour s’imposer comme le patron incontestable et incontesté de la droite, il aurait fallu à Nicolas Sarkozy au moins 70 voire 80% des voix. Car même s’il sera aux commandes de la machine partisane, les prétendants à la prochaine élection présidentielle de 2017 ne manqueront pas de lui disputer le leadership. Ni François Fillon ni Xavier Bertrand n’abdiqueront leurs ambitions. «L’union n’est pas la soumission», a d’ailleurs déjà averti le premier. Mais c’est surtout Alain Juppé qui va se sentir pousser des ailes.

Caramel mou

Il s’est empressé de féliciter le vainqueur en l’appelant au rassemblement et à «l’apaisement». «Bonne chance pour le renouveau», a même twitté Alain Juppé. Jusqu’alors, l’ancien Premier ministre avait surtout la cote auprès des sympathisants. Mais il lui restait à conquérir le noyau dur des militants. Finalement, il vient de s’apercevoir que ce noyau dur avait de faux airs de caramel mou…

Quant à Bruno Le Maire, encore presque inconnu lorsqu’il a démarré sa campagne, il ne s’arrêtera pas en si bon chemin. A n’en pas douter, l’ancien ministre qui veut incarner le renouveau dira le moment venu qu’il pense lui aussi à la course élyséenne en se rasant… Il a en tout cas déjà averti: il ne fera pas partie de l’équipe dirigeante du nouveau patron.

«Les observateurs tireront bien sûr des conclusions définitives de mon score, soir pour dire qu’il est décevant, soit pour dire que la bataille était gagnée d’avance», avait expliqué il y a quelques jours Nicolas Sarkozy. «Mais, en vérité, trois jours après, tout cela sera oublié. Quand on est élu, ce qui compte, c’est son projet et la rapidité avec laquelle on le met en œuvre.».

Bruno Le Maire n’a pas totalement tort. Il dispose désormais des commandes. Sauf que les deux chantiers qui l’attendent seront compliqués. Il lui faudra d’une part rassembler et, d’autre part, fixer les règles de la future primaire de désignation du candidat pour la présidentielle. Nicolas Sarkozy s’est résolu à l’organiser alors qu’il aurait préféré s’imposer en candidat naturel de son camp. Mais sous quelle forme? Alain Juppé a déjà prévenu: il jugera si les règles fixées sont ou non acceptables.

Des ratés

Le score médiocre de Nicolas Sarkozy sanctionne une campagne entamée en septembre dernier sur Facebook. L’ancien Présent rêvait de s’imposer en recours. Mais l’affaire Bygmalion d’une part et la déclaration de candidature précipitée d’Alain Juppé d’autre part, l’avaient contraint à s’engager plus tôt qu’il ne l’aurait voulu. Une vingtaine de meetings ne lui a pas permis de récolter un plébiscite. Il proposait de changer l’UMP de fond en comble, et même de lui donner un nouveau nom. Il déclinait des propositions résolument ancrées à droite: la suppression de l’impôt sur la fortune et la fin de l’aide médicale d’Etat qui permet aux étrangers en situation irrégulière de se faire soigner.

Mais Nicolas Sarkozy est surtout apparu brouillon quand il a semblé céder aux partisans de la Manif pour tous qui exigeaient l’abrogation de la loi Taubira. Aux côtés d’Alain Juppé la semaine dernière à Bordeaux, il n’avait pas réussi non plus à apparaître comme un rassembleur, n’ayant rien fait pour faire taire les sifflets contre l’ancien Premier ministre. Même ses proches ont parfois pris leurs distances. Et il n’a pas profité non plus de l’affaire Jouyet-Fillon, cette tentative de déstabilisation dans laquelle il apparaissait comme victime.

S’il veut revenir en 2017, Nicolas Sarkozy devra, à l’instar de son ami Johnny, prouver que la droite a toujours l’envie d’avoir envie de lui…