Pour Nicolas Sarkozy, le PS nourrit le FN

France L’ancien chef de l’Etat français était mercredi à Halluin (Nord).

> Priorité: discréditer le Front National aux yeux des électeurs de droite

France L’ancien chef de l’Etat a tenu un meeting dans le Nord

Priorité: discréditer le Front national aux yeux des électeurs de droite

Elizabeth Baudens rigole. Et cela s’entend. Retraitée depuis peu, cette nordiste pur jus, résidente de Marcq-en-Baroeil, près de Lille, croit que les candidats de l’UMP tiendront bon, dimanche, face au Front national (FN), arrivé en tête au premier tour avec 33% des voix dans le département du Nord, contre 32% pour la formation présidée par l’ancien chef de l’Etat, et seulement 24% pour le Parti socialiste, qui règne depuis des décennies en maître sur ce département. «Beaucoup ont voté FN pour exprimer leur colère. Mais je sens qu’ils ont des doutes pour la suite. Il faut donc s’engouffrer dans la brèche, explique cette truculente sexagénaire, qui tenait avec son mari un étal de poissonnerie dans les marchés. L’important, c’est de ne pas les laisser s’installer.»

Quelques minutes plus tôt, Elizabeth a réalisé le selfie qu’elle attendait tant: elle, un tantinet tire-bouchonnée dans sa parka vert clair, toute souriante aux côtés de Nicolas Sarkozy et de Gérald Darmanin, le jeune député-maire UMP de Tourcoing, symbole de la relève de la droite dans ce bassin ouvrier sinistré. La politique, dans le Nord, n’est, selon elle, pas trop affaire de raison et de chiffres. «Ces départementales ne sont pas un baromètre, mais un miroir, explique-t-elle. Ici, l’enjeu n’est pas de faire adhérer les gens à un programme, car ils ne croient plus en rien après des décennies de crise économique. Ce qu’il faut, c’est d’abord leur redonner confiance. Or cela, Nicolas Sarkozy en est capable.»

L’intéressé, en tout cas, s’y est employé mercredi soir. Intéressant cas de figure que ce meeting tenu à Halluin, à la lisière de la frontière belge, dans une salle municipale d’un millier de places. Presque un meeting de proximité, après un après-midi passé à sillonner cette campagne nordiste où presque tous les entrepreneurs, notamment dans le bâtiment, reconnaissent vivre «presque exclusivement» des commandes des collectivités locales. Résultat vers 18 heures: une intervention taillée sur mesure pour un électorat lassé des grands discours et des grandes promesses.

Nicolas Sarkozy, tout en harangues républicaines lorsqu’il faisait campagne, à l’automne, pour la présidence de l’UMP, refait maintenant de la politique en «père de famille». Sa cible? Les «mensonges» du pouvoir socialiste en place, que les mauvais résultats du chômage de février publiés hier soir (+12 800 chômeurs, 3,9 millions au niveau national) risquent d’acculer, ici, à une défaite sévère au second tour. «François Hollande a menti. Il ment le matin, le midi, le soir. Et la colère frontiste vient de ces mensonges», assène l’ex-chef de l’Etat.

Le raisonnement est limpide: tout faire pour rendre la gauche responsable de la forte poussée du FN. Tout faire, surtout, pour démontrer aux électeurs de l’UMP que les thèses défendues par Marine Le Pen sont un mirage: «Qu’obtiendrez-vous si vous votez pour le FN? Un programme économique similaire à celui de l’extrême gauche et du nouveau premier ministre grec, Alexis Tsipras», poursuit Nicolas Sarkozy. Equation simple: voter FN, c’est prendre la voie du chaos grec. Gérald Darmanin, le maire de Tourcoing, enfonce le clou: «Qui peut gérer? Qui sait gérer? Quand vous posez ces deux questions, très vite, les électeurs reviennent vers les candidats de l’UMP et nos amis centristes de l’UDI.»

Il y avait deux fantômes, hier, dans la «salle du Manège» où Nicolas Sarkozy a parlé sans lire son discours, à la fois débonnaire et populiste, sur un ton posé ponctué de blagues. Premier fantôme, jamais cité: celui de Martine Aubry, la maire socialiste de Lille, réélue dans la métropole nordiste en mars 2014, à la fois populaire dans la région et en embuscade sur le plan national. Second fantôme: celui des élus locaux du FN crédités, dans le Pas-de-Calais voisin, de scores à faire pâlir leurs adversaires. Kevin Petit en sait quelque chose. Ce trentenaire était, dimanche, l’un des candidats de l’UMP dans le canton de Hénin-Beaumont-2, face à l’un des proches du maire de la ville, l’élu FN Steeve Briois. Et il admet avoir «morflé»: 6% des voix à peine, juste au-dessus des écologistes, contre 49,4% pour le candidat frontiste. «Ceux qui croient que le FN n’est pas jugé crédible se trompent, estime Laurent, un entrepreneur d’Armentières, où le maire socialiste, Bernard Haesebroeck, a choisi de se maintenir au second tour pour une triangulaire avec le FN et l’UMP. On sent une nette différence entre les candidats FN novices et ceux qui labourent le terrain depuis des années. Ceux-là ne seront pas faciles à balayer.»

Nicolas Sarkozy est-il inquiet? A l’entendre à Halluin, la réponse est non. Mais la vraie réponse est bien sûr inverse. Même s’il a répété hier soir «être prêt à exclure» tout membre de son parti qui appellera à voter pour le FN, l’ancien président sait qu’il lui faut tenir serré son flanc droit, et surtout ne pas heurter les militants de l’UMP qui s’interrogent. D’où son «ni Front national, ni PS» répété à l’encan. D’où le fait qu’il agite sans cesse l’épouvantail d’une gauche irresponsable, voire cynique, comme «lorsque Manuel Valls, dimanche soir, fume le cigare à Matignon alors qu’il vient d’être désavoué». Pas question en revanche, pour Nicolas Sarkozy, de s’en prendre aux élus frontistes du Nord. Le patron de l’UMP, hanté par la présidentielle de 2017, sait que cette extrême droite de terrain sera incontournable. Il espère avant tout, dimanche, endiguer sa progression. La circonscrire. La reléguer, dans le Nord, au rang de vassale de l’UMP, parée pour emporter ce département symbole. En laissant au «Front», d’ici aux régionales de décembre, le rôle d’exutoire pour électeurs de gauche déboussolés…

«Qui peut gérer? Qui sait gérer? Quand vous posez ces questions, les électeurs reviennent vers l’UMP»