Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et porte-parole de Nicolas Sarkozy, tenait meeting jeudi dernier à Cornier, commune de Haute-Savoie. Une réunion de soutien qui a peiné à rassembler une centaine de personnes. Nicolas Sarkozy, qui se déplace ce mardi soir à Archamps, aux portes de Genève, n’est plus, semble-t-il, celui qui recueillait les suffrages d’une large majorité d’électeurs savoyards aux présidentielles de 2007 et 2012. Beaucoup d’élus influents comme Jean-Luc Rigaud, maire d’Annecy, ou Christian Monteil, qui préside le département, ont d’ailleurs affiché leur soutien à Alain Juppé à l’occasion de la primaire de droite.

Français de l'étranger

L’ancien chef de l’Etat pourra-t-il compter sur le vote des Français de Suisse à qui forcément il s’adressera aussi mardi soir? Ils sont 126 000 dont beaucoup de bi-nationaux inscrits sur les listes électorales. Un sur deux, de manière générale, se déplace lors des scrutins présidentiels. Il semble là aussi qu’Alain Juppé, nettement en avance au plan national dans tous les sondages, parte favori. Claudine Schmid, députée (Les Républicains, LR) des Français de Suisse, a elle-même travaillé à la rédaction du programme de campagne d’Alain Juppé pour les Français de l’étranger. Une façon d’annoncer clairement sa couleur.

Les modalités du vote des Français de l’étranger ont donné lieu à une controverse. Le bureau politique des républicains préférait le choix exclusif d’un vote à l’urne, à l’initiative de Nicolas Sarkozy qui comptait sur son noyau dur de sympathisants toujours très mobilisés. Face à la complexité de l’organisation et la présence imposée dans tous les bureaux d’un représentant pour chacun des sept candidats, le vote sera uniquement électronique.

Virginie Duby-Muller, députée (LR) de Haute-Savoie et conseillère politique de Nicolas Sarkozy, reconnaît que ses réseaux suisses sont aujourd’hui sinon éteints tout du moins «difficiles à identifier». «Je les connais mal, mais comme partout il se dit tout et n’importe quoi sur son compte», confie-t-elle. L’épisode de 2014, avec pour cadre le Swiss Economic Forum d’Interlaken, est resté dans les esprits, tout autant suisses que franco-suisses. Invité à débattre, Nicolas Sarkozy avait monopolisé la parole, vivement critiqué les institutions helvétiques «désuètes» et fortement agacé les organisateurs dont l’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi.

Comité de soutien muet

La Bernoise Isabelle Schmidt-Duvoisin, présidente en Suisse du comité de soutien à Alain Juppé, explique: «La Suisse aime le consensus et à cet égard Alain Juppé est au diapason. En juillet 2015, il s’est déplacé à Genève et sans faire de bruit a rassemblé 400 personnes. Il ne serait pas assez charismatique mais c’est une personne qui s’impose dans la durée, qui rassure et est crédible.» La Genevoise Mireille Gutierrez, présidente du comité de soutien à Nicolas Sarkozy en Suisse, était présente jeudi à Cornier pour écouter Eric Ciotti. Venue seule, elle a tenu à préciser qu’aucun de ses commentaires n’était destiné à être publié.

De son côté, la classe politique suisse de droite et du centre observe de loin cette primaire «qui nous indiffère complètement», selon les mots de Bertand Buchs, président du PDC genevois. «Le Grand Genève est au point mort et il semble que Paris n’y prête guère attention» souligne-t-il. Il indique que des personnalités comme François Bayrou, président du MoDem, et Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Economie de François Hollande, semblent sensibiliser les jeunes PDC.

Eric Bertinat, secrétaire général de l’UDC genevoise, juge que Nicolas Sarkozy déroule un programme de droite mais a appliqué une politique de gauche durant son quinquennat «avec toujours plus d’immigration et moins de sécurité». La seule formation genevoise ayant noué des contacts avec les proches de Nicolas Sarkozy est le PLR par le biais des jeunes libéraux-radicaux. Ceux-ci viennent d’être invités à Paris par les jeunes sarkozystes. Ils iront pour étudier les outils web développés par ces derniers. «Nous sommes avant tout proches des UDI (centre droit) que nous rencontrons souvent. Nous rejoignons les sarkozytes sur les questions économiques, mais certaines orientations trop à droite peuvent être un point de séparation», commente Darius Azarpey, le président des jeunes PLR.