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Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy au palais de l’Elysée, à Paris, en décembre 2007.
© Patrick Hertzog/AFP PHOTO

France

Pour Nicolas Sarkozy, retour à la case Kadhafi

L'ex-président français, convoqué mardi, est de nouveau entendu ce mercredi par les policiers chargés d'enquêter sur de prétendus financements libyens pour sa campagne présidentielle 2007. Un dossier qui passe par la Suisse

Après avoir été entendu mardi, Nicolas Sarkozy a passé la nuit chez lui et revient dans les locaux de l’office anti-corruption de Nanterre ce mercredi.

Tout découle peut-être d’une perquisition effectuée par la police genevoise le 24 mars 2015 à Chêne-Bougeries. Ce jour-là, les limiers suisses fouillent la demeure helvétique d’Alexandre Djouhri, intermédiaire plusieurs fois cité dans l’enquête sur de possibles versements libyens en faveur de l’entourage de Nicolas Sarkozy pour financer, entre autres, sa campagne présidentielle de 2012 perdue face à François Hollande.

Lire aussi: Nicolas Sarkozy retrouve l’ombre de Kadhafi en garde à vue

Transmission de documents à la justice française

Leur moisson? Des notes personnelles et des documents susceptibles de confirmer des versements en provenance de Tripoli perçus en 2005 et 2006 par Claude Guéant, l’ancien bras droit du locataire de l’Elysée. Mais aussitôt, les requêtes juridiques se multiplient pour entraver leur transmission aux juges du pôle financier de Paris, dont Serge Tournaire. Celui-ci est connu pour avoir ordonné, le 3 février 2017, le renvoi de Nicolas Sarkozy en procès dans le cadre de l’«affaire Bygmalion», une firme de relations publiques employée par le parti de droite UMP et accusée d’avoir couvert par de fausses factures des dépassements de dépenses de la campagne présidentielle d’environ 10 millions d’euros.

Ce sont ces documents, finalement parvenus sur le bureau des magistrats français voici quelques semaines, qui pourraient expliquer la convocation de l’ancien chef de l’Etat mardi par les policiers de l’office anti-corruption de Nanterre (Hauts-de-Seine). Arrivé vers 8 heures, Nicolas Sarkozy a été auditionné toute la journée, puis autorisé à passer la nuit chez lui avant de revenir ce mercredi matin devant les enquéteurs. Entendu pour sa part en «audition libre», l’un de ses plus proches soutiens, l’eurodéputé Brice Hortefeux, est reparti des bureaux de la police mardi soir. Cette garde à vue inédite de l’ex-président, présumé innocent, peut durer jusqu’à 48 heures. Elle peut déboucher soit sur sa relaxe, soit sur une nouvelle convocation, soit sur la saisie des magistrats qui devront décider alors de sa mise en examen ou de l’octroi du statut de «témoin assisté». Interrogés tout au long de la journée, plusieurs responsables du parti Les Républicains, successeur de l’UMP, ont dénoncé «l’acharnement judiciaire» dont l’ancien chef de l’Etat serait victime, plus de onze ans après les versements présumés, dont ce dernier a toujours nié l’existence.

Lire aussi: Nicolas Sarkozy, la chute finale

Retrouvé noyé à Vienne

L’élément central de ce feuilleton politico-financier est l’ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi, mort en octobre 2011 après être tombé aux mains d’insurgés près de la ville de Syrte, à l’issue de l’intervention militaire aérienne franco-britannique (coordonnée par l’OTAN, avec l’aval des Etats-Unis) déclenchée en mars de la même année… par Nicolas Sarkozy alors que la répression menaçait de s’abattre sur les populations civiles libyennes, en plein Printemps arabe. Deux des émissaires financiers de Kadhafi, Bechir Saleh (exfiltré de Tripoli avec l’aide d’Alexandre Djouhri et aujourd’hui réfugié en Afrique du Sud, où on lui a tiré dessus en février) et Choukri Ghanem (mystérieusement retrouvé noyé à Vienne en 2012), auraient, de 2005 à 2007, copieusement «arrosé» leurs «amis» hexagonaux. L’une de leurs valises, renfermant 5 millions de dollars, aurait été convoyée par un autre intermédiaire incontournable du dossier, Ziad Takieddine, qui jure l’avoir remise à l’entourage de Nicolas Sarkozy.

La perquisition suisse aurait été un élément crucial du puzzle, selon des sources judiciaires françaises. Elle aurait permis aux magistrats de resserrer l’étau autour d’Alexandre Djouhri, 59 ans, longtemps proche des milieux chiraquiens, un homme dont le sort judiciaire a pris un tournant très défavorable depuis son arrestation en janvier à Londres, où ce Franco-Algérien s’était rendu malgré l’existence d’un mandat d’arrêt européen émis contre lui depuis 2013. Placé en détention puis relâché sous contrôle judiciaire après avoir payé une caution de 1 million d’euros, et de nouveau incarcéré en février, celui-ci – qui avait ses habitudes au bar de l’Hôtel des Bergues à Genève lors de ses années fastes – risque l’extradition en France. Ce qui pourrait l’avoir amené à coopérer avec les juges. La bataille féroce entre Alexandre Djouhri et Ziad Takieddine est relatée de façon détaillée dans le livre Avec les compliments du guide (Ed. Fayard), paru en octobre 2017.

Soupçon de montant gonflé

L’autre personnage central de cette affaire est l’ex-secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant, mis en examen en 2015 dans ce dossier pour «blanchiment de fraude fiscale», et également mis en examen dans une autre affaire de primes en liquide versées lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Aujourd’hui avocat, cet ancien préfet a toujours contesté l’existence de versements en liquide en provenance de Tripoli. Mais deux épisodes l’accablent. Le premier est la réception sur son compte, via un virement en provenance de Malaisie, puis de Suisse, de 500 000 euros qui auraient pu être utilisés pour l’achat de son appartement parisien, alors qu’il justifie cette somme par la vente de tableaux à un avocat malaisien. Le second est la vente au Fonds souverain libyen, en 2009, d’une villa possédée par Alexandre Djouhri sur la Côte d’Azur. Son montant aurait été gonflé pour dissimuler des commissions occultes et le nom de Claude Guéant apparaît là aussi.

En 2015: L'ex-bras droit de Nicolas Sarkozy Claude Guéant condamné à 2 ans de prison avec sursis

Sur tous ces sujets, aucun lien formel n’avait pu, avant cette garde à vue, être établi avec Nicolas Sarkozy. Lequel a toujours qualifié ces allégations de «grotesques». Mais, à l’évidence, l’ombre de Mouammar Kadhafi continue de planer au-dessus de celui qui provoqua, en mars 2011, le renversement du «Guide» libyen par la force des armes.

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