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Nicolas Sarkozy revient à son thème fétiche de l’immigration

Le président-candidat a beau nier un virage à droite, il fait plusieurs propositions visant à durcir les conditions d’entrée en France

Depuis samedi 3 mars, date du meeting de Nicolas Sarkozy à Bordeaux, le président-candidat est revenu à l’un de ses thèmes fétiches, l’immigration, qui a contribué à son succès de 2007. La phrase clé de 2012: «L’immigration est un atout […], mais l’immigration peut être aussi un problème.» «Le système d’intégration fonctionne de plus en plus mal car nous avons trop d’étrangers sur notre territoire et nous n’arrivons plus à leur trouver un logement, un emploi, une école. Le système risque l’embolie», a asséné le président-candidat mardi soir, au cours de l’émission Des paroles et des actes sur France 2, regardée par 5,6 millions de téléspectateurs.

Durant cette soirée, Nicolas Sarkozy a précisé les intentions esquissées à Bordeaux: il compte «diviser par deux le nombre de personnes accueillies en France» chaque année, pour passer de 180 000 à 100 000 nouvelles arrivées. Le candidat entend aussi durcir les possibilités du regroupement familial et soumettre à conditions de revenu et de logement l’octroi de visa lors d’un mariage avec un Français ou une Française. Nicolas Sarkozy a évoqué «le passage d’un examen sur la pratique du français et la connaissance des valeurs de la République, qui se déroulerait dans les consulats». Dernière annonce, l’accès au revenu de solidarité active (RSA) et au minimum vieillesse serait également soumis à conditions (durée de résidence de dix ans et cinq ans de travail en France).

Le chef de l’Etat n’envisage pas de revenir sur la couverture et l’aide médicales accordées aux étrangers, l’un des angles d’attaque de prédilection de Marine Le Pen. «Un malade a le droit d’être soigné en France quelles que soient la couleur de sa peau ou sa nationalité», plaide le président. Avant d’ajouter à propos des étrangers en situation illégale: «On les soigne et ensuite on les renvoie chez eux.»

Réserve de voix

Nicolas Sarkozy nie tout virage à droite. Alors que sa campagne ne décolle pas, le président-candidat s’adresse pourtant de plus en plus souvent aux électeurs du Front national (FN) qui constituent une réserve de voix pour le second tour. Le débat sur la viande halal, qui agite la droite depuis plusieurs jours, en est un autre exemple. Tout en la rangeant au «rang de polémique sans intérêt», Nicolas Sarkozy a consacré un large pan de son discours de Bordeaux à la question. Il a proposé «l’étiquetage des viandes en fonction de la méthode d’abattage» pour «reconnaître à chacun le droit de savoir ce qu’il mange, halal ou non». «A force de ne pas parler des sujets qui préoccupent les Français, on laisse la place aux plus extrémistes […] Il n’y a pas de sujet tabou», estime-t-il.

Une argumentation qui fait grincer le FN. Le vice-président du parti, Louis Aliot, a raillé hier un Nicolas Sarkozy «aux abois» qui est dans une «opération de captation de vote». «Mais ajoute-t-il, cela ne prend plus. Nicolas Sarkozy a trop menti.»

Le chef de l’Etat a-t-il le choix d’une autre stratégie? «Votre bilan, c’est votre boulet», lui a lancé Laurent Fabius au cours du duel verbal de l’émission, dans une formule ciselée qui cerne bien l’écueil auquel se heurte le président sortant.

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