Nicolas Sarkozy l'avait annoncé dès son élection: le président français allait faire du sort d'Ingrid Betancourt «une priorité». Il a envoyé mercredi soir un message remarqué à l'otage franco-colombienne et aux autres prisonniers des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes), dans lequel il dit «la solidarité de la France». Retransmis par Radio France Internationale, qu'Ingrid Betancourt dit écouter dans la jungle sur un transistor, l'enregistrement devrait être repris par les émissions colombiennes qui adressent toute l'année des missives aux otages.

Série de spéculations

Parallèlement, dans une allocution mise à la disposition des télévisions colombiennes, le président s'est adressé au chef des FARC, le septuagénaire Manuel Marulanda. «Je vous demande solennellement de libérer Ingrid Betancourt et de ne pas faire peser sur votre conscience le risque que signifierait sa disparition.» Largement reprise par les médias colombiens, l'intervention a provoqué une série de spéculations. Après l'échec de son homologue vénézuélien Hugo Chavez, brutalement remercié après moins de trois mois de médiation, le Français va-t-il endosser l'habit de négociateur?

L'hypothèse a été soulevée dès mardi matin à Bogota par un parlementaire, lui-même fils d'otage, Mauricio Lizcano. Il avait affirmé dans la matinée, après avoir rencontré le président Alvaro Uribe, que la Colombie songeait à inviter «Sarkozy ou un de ses délégués» à assister à une réunion directe avec les FARC. Le haut-commissaire à la Paix, Luis Carlos Restrepo, négociateur officiel du pouvoir, annonçait dans la foulée qu'il partait le soir même à Paris.

Mais l'offre de la Colombie restait ambiguë. En même temps qu'il exaltait la France comme une «alliée naturelle», Luis Carlos Restrepo cantonnait son rôle à un très strict «accompagnement» du pouvoir. Le président conservateur, Alvaro Uribe, qui juge que Chavez a donné trop d'importance politique aux FARC, avait décidé de reprendre l'affaire en main, «sans médiation internationale».

Perplexes, craignant d'être «instrumentalisés» par Bogota, les conseillers de Nicolas Sarkozy demandaient aussitôt au haut-commissaire de repousser sa visite «pour mieux organiser son emploi du temps». Après l'émotion soulevée en France par la publication d'une longue lettre à sa mère d'Ingrid Betancourt, visiblement abattue après cinq ans de captivité, le très médiatique président ne pouvait pas non plus claquer la porte: le message radiodiffusé lui a permis de reprendre l'initiative.

Les FARC n'avaient pas répondu hier aux injonctions de l'Elysée, mais un communiqué de l'agence Anncol, proche de la guérilla, laissait peu d'espoir: il écartait toute libération unilatérale - les FARC ne veulent relâcher les otages qu'en échange de leurs combattants prisonniers - et critiquait l'attitude de Nicolas Sarkozy, favorable à ses yeux au pouvoir. «Si la France ne doit être qu'un facteur qui dit aux FARC ce qu'elles doivent faire, la guérilla ne va pas l'accepter», prédit Carlos Lozano, responsable communiste et ancien médiateur.

Ce n'est pas la première fois que la France est appelée à intervenir dans le dossier: aux côtés de la Suisse, elle fait partie d'un groupe de «pays amis» à qui Bogota a confié puis retiré à plusieurs reprises une mission de «facilitation» auprès des FARC.

Depuis 2002, toute discussion achoppe sur l'exigence des FARC de négocier dans une zone neutre, sans armée, pour assurer la sécurité de ses négociateurs. Alvaro Uribe s'oppose au retrait de ses troupes «d'un seul millimètre carré».

• Une commission du Sénat colombien a «demandé» jeudi aux FARC d'autoriser l'accès d'une mission médicale du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) auprès de leurs otages. (AFP)