Nicolas Sarkozy a fait le pas décisif: dans un entretien accordé à plusieurs journaux régionaux français, il annonce qu'il sera candidat à l'investiture de son parti pour l'élection présidentielle. Les militants de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) doivent élire leur champion lors d'un vote dont le résultat sera connu le 14 janvier prochain.

«Je me sens la force, l'énergie et l'envie de proposer une autre vision de la France», explique Nicolas Sarkozy dans la version de l'interview reproduite mercredi sur le site de Libération. Il y défend l'idée d'une «rupture tranquille» face à «l'immobilisme» qu'incarnerait la gauche. Il promet aussi de quitter son poste de ministre de l'Intérieur avant l'élection du printemps 2007, et affirme qu'il disposera d'une totale liberté d'expression d'ici là: «Dans cette campagne je dirai tout avant, afin de pouvoir tout faire après.»

Duel «Sarko-Ségo»

Bien qu'attendue de longue date, cette déclaration de candidature survient dans un contexte plus difficile que prévu pour Nicolas Sarkozy. Malgré son flair éprouvé, il n'avait pas imaginé que l'élection de Ségolène Royal par 60% des militants socialistes, la semaine dernière, lui donnerait une impulsion aussi puissante.

A l'inverse, depuis quelques jours, une humeur sombre flotte chez les partisans de Nicolas Sarkozy. «Pour l'instant, c'est elle la favorite, estime l'un des conseillers du ministre. Elle est sur un nuage, elle est intouchable. On espère que cet état de grâce va s'estomper dans les cinq prochains mois, mais si ce n'est pas le cas, bye-bye.»

Il y a encore quelques jours, les dirigeants de l'UMP affirmaient que la longue campagne interne au PS avait «abîmé» Ségolène Royal. Aujourd'hui, l'UMP organise en toute hâte des débats furieusement semblables à ceux qui se sont déroulés chez les socialistes.

L'espoir de Nicolas Sarkozy est qu'au moins un challenger sérieux - par exemple la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie - se présente contre lui au sein de son parti, ce qui donnerait une légitimité supplémentaire à son élection. Car il fait peu de doute que l'UMP, dont Nicolas Sarkozy est le président depuis deux ans, le choisira pour candidat en janvier prochain.

Le scénario d'un duel «Sarko-Ségo», qui fait saliver les médias français depuis des mois, semble ainsi se concrétiser. Cette perspective est bien ancrée dans l'opinion: selon un sondage BVA diffusé mercredi, 59% des Français pensent que le second tour de l'élection présidentielle se jouera entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

Face à l'aura presque surnaturelle de la candidate socialiste - que certains, à droite, surnomment «l'immaculée conception» - l'entourage du président de l'UMP veut croire aux vertus de la raison. Ces prochains mois, Nicolas Sarkozy devrait marteler un argumentaire centré sur quelques thèmes (pouvoir d'achat, mobilité sociale...) afin de faire redescendre Ségolène Royal de son piédestal. «S'il est au mieux de sa forme, estime l'un de ses conseillers, ce sera jouable.» Sinon...