Un ancien président de la République renvoyé devant le Tribunal correctionnel pour «corruption»: cette image est celle que Nicolas Sarkozy voulait à tout prix éviter. En vain. La justice française en a décidé autrement.

Soupçonné d’avoir sollicité début 2014 les faveurs d’un magistrat dont il avait prorogé la carrière, l’ex-chef de l’Etat devrait comparaître dans les prochains mois, aux côtés de son avocat Thierry Herzog et du juge incriminé, Gilbert Azibert. Ce dernier aurait, selon l’accusation, été contacté par les deux hommes pour obtenir des «informations privilégiées» sur les investigations visant la milliardaire Liliane Bettencourt et son éventuel financement du parti conservateur UMP (devenu Les Républicains) lors de la présidentielle de 2007. Le procès de «l’affaire Bettencourt», qui s’est tenu à Bordeaux en 2015, a abouti à la condamnation de huit prévenus accusés d’avoir abusé des faiblesses de la femme la plus riche de France. Le trésorier de l’UMP à l’époque, Eric Woerth, a en revanche été relaxé.

Un premier procès très symbolique

Le plus surprenant est l’enchaînement des circonstances qui a conduit au renvoi en procès de Nicolas Sarkozy. Les tentatives présumées de «corruption» sur le magistrat Gilbert Azibert ont été découvertes par la police lors de l’enquête sur les soupçons de financement de cette même campagne de 2007 par… le défunt dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Ayant mis les téléphones de Nicolas Sarkozy et de son avocat sur écoute, les enquêteurs ont d’abord découvert que les deux hommes utilisaient d’autres portables pour communiquer et se retranchaient derrière des pseudonymes comme Paul Bismuth pour l’ex-locataire de l’Elysée. Ils ont ensuite compris que le duo cherchait à extorquer des informations au juge Azibert, alors à la Cour de cassation. «Ils ont régulièrement évoqué les moyens de tirer avantage de ce haut magistrat», affirme l’ordonnance de renvoi en procès datée d’octobre 2017 et citée par Le Monde. Gilbert Azibert, 67 ans, espérait un poste à Monaco, qu’il n’a finalement pas obtenu.

Pour Nicolas Sarkozy, ce premier procès sera très symbolique. Son prédécesseur Jacques Chirac avait aussi été renvoyé en correctionnelle en 2011, puis condamné à 2 ans de prison avec sursis pour «détournement de fonds publics» et «abus de confiance» dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, dont il avait été maire de 1977 à 1995. Mais la comparaison s’arrête là: Chirac, souffrant, ne s’était pas rendu au tribunal et Sarkozy fait face à plusieurs autres procès potentiels, en particulier pour son rôle dans l’«affaire Bygmalion» de dépassement de ses frais de campagne (de 42,8 millions d’euros, soit un dépassement record de 90% du plafond légal) lors de la présidentielle 2012. Le Conseil constitutionnel a validé en mai son renvoi devant un tribunal.

Ironie du calendrier, l’annonce du prochain procès de Nicolas Sarkozy est tombée alors que s’achevait à Paris le procès pour fraude fiscale de son ami et ex-élu de l’UMP Patrick Balkany, ancien poids lourd politique des Hauts-de-Seine, le département de l’ancien président. L’accusation a requis 7 ans de prison ferme.