Nicolas Sarkozy ne supporte pas d’être loin du débat public, et encore moins éloigné de la classe politique française dont il reste, en coulisses, l’un des parrains. Rien de tel, pour entretenir ce lien et demeurer en embuscade permanente, que de publier des Mémoires à tiroirs, en disséquant d’abord son ascension vers l’Elysée (dans Passions publié en 2019 et vendu à 250 000 exemplaires) et maintenant sa première année de quinquennat dans Le Temps des tempêtes (Ed. L’Observatoire) sorti vendredi. A ce rythme, l’ancien chef de l’Etat peut encore écrire au moins deux tomes – celui-ci est le tome 1, écrit lors de la période de confinement, dans la villa familiale du cap Nègre de son épouse Carla Bruni – en suivant la même recette: une poignée d’anecdotes, une constante mise en avant de ses initiatives qui ont selon lui changé la France et un assaisonnement pimenté aux règlements de comptes.

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Tous les détails sur le mariage à l’Elysée

Commençons par les anecdotes, pas si nombreuses et triées pour ne pas être dérangeantes. Rien de substantiel, par exemple, sur les dessous de son divorce, en octobre 2007, avec son ex-épouse Cécilia. Rien, non plus, sur les circonstances exactes de sa rencontre avec Carla, alors que leur mariage à l’Elysée est raconté sur trois pages, dans le détail, du choix de la robe de mariée par l’épouse à celui de l’alliance par ses soins, dans une joaillerie proche du palais présidentiel. On croirait, par moments, tourner les pages d’un magazine people, y compris pour le récit rempli d’admiration de sa rencontre avec Nelson Mandela, lors d’un dîner élyséen en septembre 2007.

Ce Nicolas Sarkozy là, peu doué comme auteur pour les reconstitutions, peine à nous faire vibrer tant ses formules pèchent par manque d’originalité. Le voici aussi à l’œuvre pour tuer, dans son livre, quelques légendes tenaces, comme celle de son possible moment d’ivresse à son premier sommet du G8, à Heiligendamm (Allemagne). L’auteur de ces lignes, qui était présent, peut témoigner du fait que son comportement était pour le moins étonnant. Lui rejette toute responsabilité, attribuant juste ses hésitations au fait d’avoir escaladé «quatre à quatre les deux escaliers menant à la salle de presse». Non, Vladimir Poutine qu’il venait de rencontrer n’y est pour rien. Pas de redoutable toast russe: «Ceux qui me parlent avec un sourire canaille de mes excès alcoolisés d’Heiligendamm sont en général des interlocuteurs dont le teint couperosé ne laisse planer aucune ambiguïté sur leur attachement à la bouteille.»

Dont acte. La seule révélation du livre, ou presque, est le fait que l’ancien président, traumatisé par le départ de Cécilia, dut subir une douloureuse opération d’un flegmon dans la gorge en pleine nuit à l’hôpital du Val-de-Grâce. Ce qui l’obligea, deux jours plus tard, lors d’un voyage officiel au Maroc, à solliciter une demi-heure de répit sur un lit prêté par le roi Mohammed VI.

L’adrénaline des combats passés

Il ne s’agit pas, au fond, pour Nicolas Sarkozy, de révéler ce que fut vraiment sa présidence – même s’il défend à juste titre certaines de ses réformes – ou de nous raconter l’exercice du pouvoir. Son registre n’est pas l’information. Encore moins la grande histoire. L’ancien président marche à l’adrénaline de ses combats passés. Le voici donc à exécuter son successeur François Hollande «qui comme chacun sait est le gardien scrupuleux de la façon dont un président doit se comporter»; son adversaire de droite François Bayrou, «l’homme inattaquable et insoupçonnable qui l’a tellement proclamé qu’il a fini par y croire lui-même»; son candidat au Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn, victime d’une chute qui ne peut s’apparenter qu’à «un suicide inconscient»…

Le Temps des tempêtes est un livre de Mémoires qui ressemble trait pour trait à son auteur, régulièrement consulté par Emmanuel Macron ces derniers mois. Il est écrit avec ses tripes, en version pro domo, sans chercher à prendre de la hauteur. Avec son lot d’excuses – comme sur son fameux discours sur les Africains prononcés à Dakar en juillet 2007 – et ses flèches décochées tous azimuts. Redevenu avocat, Nicolas Sarkozy prouve ici qu’il ne finira jamais de plaider sa propre cause.