Un hémicycle flambant neuf de 750 places, une assemblée composée pour moitié de nouveaux députés, une nouvelle législature qui promet d'être houleuse et une nouvelle présidente: le Parlement européen sorti des urnes en juin dernier a tenu mardi à Strasbourg sa session constitutive en propulsant au perchoir la centriste française Nicole Fontaine et en promettant à la Commission européenne et aux Quinze de se montrer vigilant.

«Nous serons très exigeants» à l'égard de la Commission et du Conseil, qui réunit les représentants des gouvernements des Quinze, a averti Nicole Fontaine peu après son élection. Une affaire rondement menée. La démocrate-chrétienne s'est imposée dès le premier tour par 306 voix sur 555 suffrages exprimés. Son rival socialiste, Mario Soares, n'a réuni que 200 voix, alors que la majorité requise était de 278. C'est un échec cuisant pour l'ancien premier ministre et président portugais, qui effectue à 75 ans son retour en politique.

Nicole Fontaine devient à 57 ans la deuxième Française à présider l'Assemblée, après Simone Veil en 1979. «Vous venez de me faire l'une des plus merveilleuses surprises de ma vie, s'est émue celle qui succède à l'Espagnol José Maria Gil-Robles. Cette élection est aussi un peu la vôtre», a-t-elle lancé aux 30% de femmes qui siègent dans le nouvel hémicycle du Parlement, une cathédrale de verre et d'acier aux allures de paquebot édifiée sur les bords de l'Ill.

Inconnue du grand public, Nicole Fontaine jouit d'une excellente réputation à Strasbourg où elle siège depuis quinze ans. Avocate de formation, élue aux européennes du 13 juin sur la liste UDF de François Bayrou, elle a occupé la vice-présidence du Parlement depuis 1989. «Quand elle monte au perchoir (pour remplacer le président en titre), tout baigne», constate un député admiratif. Pragmatique, maîtrisant parfaitement ses dossiers, cette fédéraliste défend «l'Europe des citoyens» qu'elle oppose à «l'Europe des marchands».

Nicole Fontaine a été élue grâce à l'alliance passée entre les deux principaux groupes de la droite, désormais majoritaire: les démocrates-chrétiens du Parti populaire européen (PPE) – devenu la première force politique dans l'hémicycle avec 233 députés – et les libéraux (50 sièges). L'accord prévoit que le PPE soutiendra dans deux ans et demi la candidature du libéral irlandais Pat Cox à la présidence pour la seconde moitié de la législature.

Cette alliance stratégique entre conservateurs et libéraux aura des répercussions bien plus profondes. Depuis l'élection des députés au suffrage universel direct en 1979, le PPE et le Parti des socialistes européens (PSE, 180 membres aujourd'hui) avaient mis une sourdine au traditionnel clivage entre la droite et la gauche pour faire progresser l'intégration européenne.

Or, après la défaite des socialistes en juin, la droite donne désormais le ton à Strasbourg. Elle ne réunit certes pas la majorité absolue – 314 voix sur 626. D'autant qu'elle est très divisée. Entre les démocrates-chrétiens allemands proeuropéens et les conservateurs britanniques eurosceptiques, pour ne citer qu'un exemple, le fossé est grand.

Il n'empêche: pour la première fois dans son histoire, l'europarlement est scindé entre une majorité et une opposition. Une nouvelle donne qui obligera la gauche à se réorganiser. Le communiste français Francis Wurtz en convient: «A une droite coalisée et sûre d'elle, nous sommes contraints d'opposer une gauche rassemblée et offensive.»

Cet ancrage à droite va compliquer la cohabitation de l'Assemblée avec la Commission de Bruxelles et le Conseil des ministres. Car le nouvel exécutif européen présidé par Romano Prodi penche légèrement à gauche. Quant au Conseil, il croule sous le poids des sociaux-démocrates: ils sont au pouvoir dans treize des quinze pays de l'Union européenne.

Le jeu institutionnel européen pourrait donc tourner à l'affrontement, d'autant que le Traité d'Amsterdam, tout juste entré en vigueur, renforce encore les pouvoirs de l'europarlement. Les députés sont aujourd'hui en mesure d'amender ou de bloquer toute la législation européenne, hormis dans les domaines de la politique étrangère et de l'euro.

«Rien ne sera plus comme avant, le Parlement européen est désormais un vrai parlement», prévient Nicole Fontaine. L'audition des 19 commissaires de l'équipe Prodi et l'investiture de la nouvelle Commission le 15 septembre constitueront le premier test politique de la nouvelle assemblée. Nicole Fontaine a d'ores et déjà annoncé la couleur: «Ce ne sera pas une formalité.»