Le regard absent, le corps au bord de l'abîme, la vie de Samsia ne tient plus qu'à un fil. En état de choc, cette petite de 9 mois a été admise déshydratée, samedi, à l'hôpital pédiatrique de Niamey. Samsia développe un marasme symptomatique d'une malnutrition sévère. Chétive, elle pèse 3 kilos. C'est la moitié de son poids normal. Si elle passe le cap de la première semaine de traitement, elle pourra s'en sortir, note Amadou Boureima, son pédiatre. Elle souffre de paludisme. Comme pour la majorité des enfants très affaiblis, ce sont les maladies opportunistes qui se greffent sur la malnutrition qui incitent la mère à présenter l'enfant ici, à l'hôpital.

Indigence des moyens

Aux côtés de Samsia, Soufiane, Sahabi et bien d'autres sont hélas de ce triste voyage dans cet hôpital de 728 lits débordé. Des chambres antédiluviennes surpeuplées, un seul lit pour deux enfants et leurs mères, des salles de consultation réquisitionnées. Après la souffrance de la pénurie alimentaire, l'enfant malade devra affronter la promiscuité et l'insupportable attente des soins appropriés prodigués par un personnel héroïque.

Depuis que la famine a éclaté, l'hôpital est plein à craquer, témoigne Ibrahim Sabou. Le médecin directeur est désabusé face à l'indigence des moyens: «Il nous manque de tout pour secourir les enfants. Nous n'avons qu'un seul oxygénateur pour les détresses respiratoires. Les médicaments et le matériel le plus simple comme des seringues font défaut. L'urgence humanitaire se focalise sur les vivres. C'est très bien, mais nous avons besoin de soutien médicalisé.»

Le matériel manque, les hommes aussi. Dans un appel lancé il y a quelques jours, l'organisation Action contre la faim (ACF) estime que les ressources humaines (logisticiens, infirmiers, médecins) font cruellement défaut, sur place, pour aider à acheminer l'aide et soigner les enfants.

«Le nombre d'admissions dans les centres de nutrition thérapeutique a connu une croissance exponentielle ces dernières semaines, note Rima Salah, directrice générale adjointe de l'Unicef (Fonds des Nations unies pour l'enfance). Fin juillet, il y avait deux à trois fois plus d'enfants admis que l'année dernière. Ce taux ira croissant jusqu'à la fin des nouvelles récoltes, en octobre. Une petite fille est morte sous nos yeux ce matin. L'objectif, c'est de sauver des milliers de vies et d'atteindre très vite les groupes les plus vulnérables.»

Combien d'enfants sont morts de faim? Personne ne semble en mesure de répondre. Cette question est d'autant plus difficile qu'il n'existe aucune statistique au plan national et que le Niger affiche, en «temps normal», le deuxième taux le plus élevé de mortalité des enfants au-dessous de 5 ans (263 pour mille). Mais les morts, confirme-t-on sur place, se chiffrent en milliers, d'autant qu'on ne compte pas les enfants qui ne sont pas amenés vers les centres de santé.

Tête de pont de l'aide médicale urgente, Médecins sans frontières a ouvert neuf centres de soins nutritionnels intensifs dans le sud-est du pays. Dans son centre à Maradi, dans le sud, les résultats sont plutôt encourageants. Près de 80% des enfants admis depuis janvier ont été sauvés.

De leur côté, la Croix-Rouge internationale et ACF ont multiplié les antennes afin de soutenir les enfants malnutris et les femmes enceintes. Comme à Dan Baou, à 800 km au sud-est de Niamey, où, lundi, des centaines d'enfants étaient portés à bout de bras par leurs mères. Une croix verte dessinée sur la main des plus faibles les destine à un passage prioritaire au dispensaire.

C'est au tour de Fati, après plusieurs heures d'attente avec sa maman. Le voilà toisé et pesé du haut de ses 2 ans. Il souffre de kwashiorkor, observe Dado, d'ACF. C'est une forme de malnutrition sévère. Son rapport poids/taille est très mauvais. L'enfant sera orienté vers Médecins sans frontières. En attendant, il recevra ce jeudi des rations de Plumpy'nut, un complément nutritionnel sec, en suffisance (lire encadré). Pour gagner la consultation ambulatoire de MSF, la maman de Fati devra à nouveau marcher plusieurs heures. Pieds nus, la faim au ventre, en portant son enfant.

Mieux lotie, Nana ne devra pas revenir avant quinze jours pour faire diagnostiquer Halimasouna, atteint d'une malnutrition modérée. Une ration thérapeutique sur la tête, Nana peut s'enfoncer dans la brousse. Presque insouciante.

Sur le terre-plein de Dan Baou, la file s'égrène. Une femme et son enfant pénètrent dans le dispensaire. Le thermomètre affiche 43 degrés.