Des hommes armés ont enlevé mercredi plus de 70 lycéens dans le nord-ouest du Nigeria, selon la police, dernier kidnapping en date d’une longue série visant les établissements scolaires. Les enlèvements de masse, avec demande de rançon, dans le Nord et le centre font désormais les gros titres presque chaque semaine dans le pays le plus peuplé d’Afrique.

Les assaillants ont envahi dans la matinée le lycée de Kaya situé dans les environs de Maradun, dans l’Etat de Zamfara, et ont enlevé 73 élèves, a déclaré le porte-parole de la police de l’Etat dans un communiqué. «L’enlèvement a eu lieu après l’invasion de l’école par un grand nombre de bandits armés», a déclaré ce porte-parole, Mohammed Shehu, précisant que la police travaillait avec l’armée pour tenter de libérer les élèves.

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Les autorités de l’Etat de Zamfara ont imposé des restrictions sur les déplacements routiers la nuit, tandis que les écoles primaires et secondaires ont été temporairement fermées, a précisé à l’AFP le ministre de l’Information de l’Etat, Ibrahim Dosara.

Plus de 1000 élèves kidnappés en quelques mois

Les Etats du Nord et du centre du pays sont depuis longtemps en proie à de graves troubles sécuritaires, avec des groupes criminels qui mènent attaques, pillages et enlèvements de masse dans les zones rurales reculées. Mais les incidents ont redoublé ces derniers mois, suscitant de vives critiques contre les autorités incapables de ramener l’ordre.

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Depuis le début de l’année, ces groupes ont multiplié les rapts dans les écoles et autres établissements scolaires dans toute la région, pour réclamer des rançons aux proches des victimes. Près de 1000 élèves ont ainsi été enlevés en quelques mois.

Nombre d’entre eux ont été libérés après avoir passé plusieurs semaines ou mois en captivité, mais des dizaines d’étudiants sont toujours détenus par leurs ravisseurs.

À Zamfara, 18 étudiants enlevés mi-août dans un collège agricole ont été libérés la semaine dernière. Une centaine d’enfants, enlevés en mai dans un séminaire islamique de l’Etat du Niger, et 32 autres, enlevés en juillet dans une école baptiste de l’Etat de Kaduna, ont eux aussi pu être libérés ces derniers jours.

Une insécurité grandissante

Le président Muhammadu Buhari, un ancien général élu pour la première fois en 2015, puis réélu en 2019, est sous pression en raison de l’insécurité grandissante, malgré le déploiement de l’armée qui mène opérations terrestres et raids aériens pour déloger les criminels.

Ces derniers opèrent à partir de camps difficiles d’accès, dans la vaste forêt de Rugu (Nord), d’où ils lancent des raids dans les Etats voisins.

La circulation des motos limitée

Ces derniers jours, quatre Etats du Nord-Ouest, dont celui de Zamfara, ont mis en place des restrictions visant à enrayer les violences, notamment en limitant la circulation des motos, la vente de carburant et en suspendant les marchés et le transport du bétail.

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Les gangs armés mènent souvent leurs attaques et enlèvements à moto. Ils se sont également spécialisés dans le vol de bétail qu’ils revendent ensuite sur les marchés du Sud du pays.

Ces enlèvements semblent avant tout motivés par l’appât du gain, sans idéologie particulière, mais plusieurs d’experts s’inquiètent du possible rapprochement des groupes jihadistes Boko Haram et Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), en conflit avec l’armée nigériane depuis plus de 12 ans dans le Nord-Est du Nigeria, avec les groupes criminels du Nord-Ouest.