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Le coordinateur Daniel Hogstan, la directrice Beatrice Fihn et son mari Will Fihn Ramsay dans les locaux de l'ICAN, Genève, ce 6 octobre 2017.
© FABRICE COFFRINI

Analyse

Avec le Nobel de la paix, Genève revient au cœur du désarmement

La Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, dont le siège est à Genève, vient d’obtenir le Nobel de la Paix. Pour la ville du bout du Léman, dont la Conférence du désarmement est empêtrée dans les blocages depuis plus de vingt ans, c’est un signal encourageant

Le message est univoque. L’attribution du Prix Nobel de la paix à la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) vise à bannir ces armes de destruction massive des arsenaux mondiaux. Pour Genève, qui accueille le siège de cette coalition de quelque 470 partenaires dans plus de 100 pays, c’est bien sûr un moment majeur. Dans le domaine du désarmement, la ville du bout du Léman a longtemps été synonyme d’immobilisme avec une Conférence du désarmement enlisée depuis plus de deux décennies dans des blocages sans fin.

Un exemple en 2012: La conférence reste toujours bloquée

Le précédent Obama

Pour le Comité Nobel, c’est aussi une priorité depuis plusieurs années. En 2009, alors qu’il venait de s’installer à la Maison-Blanche, Barack Obama s’était vu décerner le Prix Nobel de la paix en grande partie en raison de son discours puissant en faveur d’un monde dénucléarisé tenu à Prague en avril 2009. L’ex-président américain avait toutefois déçu en fin de mandat, même plusieurs de ses proches conseillers, en donnant son feu vert à une modernisation de l’arsenal nucléaire américain pour un montant de quelque 1000 milliards de dollars sur trente ans.

Lire aussi: L’Organisation des Nations unies adopte un traité d’interdiction des armes nucléaires

L’ICAN a déjà réussi un grand coup en poussant les Nations unies à adopter, en juillet dernier à New York, un traité d’interdiction des armes nucléaires avec l’appui de 122 pays. Ce fut un moment majeur même s’il fut boycotté par les puissances nucléaires.

Un traité qui polarise trop?

La Suisse a participé à la conférence de New York et a voté en faveur du traité d’interdiction bien qu’elle ne soit pas convaincue par la méthode proposée. Berne estime qu’il est nécessaire de combler une lacune juridique dans le droit international, lequel interdit les armes chimiques et biologiques mais pas les armes nucléaires. Mais elle pense que le traité ne produira pas les résultats escomptés, car il polarisera davantage la communauté internationale entre les Etats nucléaires et les Etats non nucléaires. L’Allemagne, membre de l'OTAN, défend la même position que la Suisse.

Directrice du siège de l'ICAN à Genève, Beatrice Fihn ne cache pas son enthousiasme: «C'est un grand honneur de recevoir le Prix Nobel de la Paix 2017 en guise de reconnaissance pour notre rôle joué dans l'adoption du Traité d'interdiction des armes nucléaires. L'accord historique, adopté le 7 juillet, avec le soutien de 122 pays, offre un espoir dans un monde où les menaces que représentent les armes de destruction massive semblent s'imposer et s'intensifient.» Et Beatrice Fihn d'ajouter: «Le prix est une reconnaissance des efforts de millions d'activistes et de citoyens inquiets à travers le monde qui, dès le début de l'ère nucléaire, ont protesté avec force contre les armes nucléaires en insistant qu'elles ne poursuivent aucune finalité légitime et qu'elles doivent être éradiquées à tout jamais de la planète.»

Lors de l’adoption du traité promu par l’ICAN, le président du CICR Peter Maurer a déclaré: «Aujourd’hui, le monde a franchi une étape historique en vue de rendre illicites ces armes inhumaines qui frappent sans discrimination – un point de départ crucial vers leur élimination future. Cet accord constitue une victoire importante pour l’humanité tout entière. Le CICR est convaincu que le nouveau traité constitue une base solide pour lutter contre la prolifération des armes nucléaires et ouvre la voie à leur élimination.»

L’autre Nobel lié à la Suisse décerné cette semaine: Le Nobel de chimie au Vaudois qui a révélé l’invisible


Plus de 90% du stock mondial d’armes atomiques est entre les mains de la Russie et des Etats-Unis. Ces derniers constituent, avec sept autres pays, dont la Corée du Nord, le club très fermé des puissances nucléaires.

Jusqu’ici, seuls les Etats-Unis ont eu recours à l’arme nucléaire, les 6 et 9 août 1945, contre les villes japonaises d’Hiroshima (140 000 morts) et Nagasaki (70 000 morts). Ces deux bombardements ont précipité la capitulation du Japon et la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Signé en 1968 et entré en vigueur en 1970, le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) engage les cinq détenteurs officiels de la bombe atomique (Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne, Chine) à ne pas transférer de technologie militaire nucléaire à d’autres pays. Le TNP interdit par ailleurs aux pays non dotés d’armes nucléaires de s’en procurer ou d’en fabriquer.

Certains pays ont depuis renoncé à leur programme nucléaire militaire, comme la Suède (1968), la Suisse (1969), l’Afrique du Sud (1991) et les ex-républiques de l’Union soviétique. Malgré le TNP, quatre Etats se sont quant à eux dotés officieusement de la bombe nucléaire: le Pakistan, l’Inde, Israël (qui n’a jamais ni confirmé ni démenti détenir l’arme atomique), non signataires du traité, et plus récemment la Corée du Nord, qui s’est retirée du TNP en 2003.

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