Europe

Au nom de l'Europe unie, l'hommage compliqué rendu à Helmut Kohl

Dans une ville de Strasbourg paralysée par le déploiement policier, Angela Merkel, Emmanuel Macron, Jean-Claude Juncker puis Bill Clinton rendent ce samedi hommage à Helmut Kohl, décédé le 16 juin. Un appel lancé dans l'enceinte du parlement européen, théâtre des fractures communautaires

Le lieu était incontournable. Sitôt émise par le président de la Commission européenne Jean Claude Juncker, l'idée d'un hommage européen à Helmut Kohl a rimé avec Strasbourg, ville symbole de la réconciliation franco-allemande et de l'intégration communautaire. C'est donc dans l'enceinte du siège du parlement européen - qui tient une partie de ses sessions à Bruxelles - que se déroule ce samedi la cérémonie durant laquelle, sous la surveillance de plus de 2000 policiers déployés dans la ville, Angela Merkel, Emmanuel Macron puis l'ancien président américain Bill Clinton prendront aussi la parole.

Parmi les anciens Chefs d'Etat français, tous invités, seul Nicolas Sarkozy sera présent. Un absent de taille sera aussi loin des caméras: l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors (1985-1994), bloqué à Paris par son état de santé.

La construction européenne

L'hommage, aussi, était incontournable. Chancelier de la République fédérale d'Allemagne de 1982 à 1990, puis de l'Allemagne réunifiée de 1990 à 1998, Helmut Kohl incarna, aux cotés de François Mitterand, le grand bond en avant de l'intégration communautaire qui donna naissance à l'actuelle Union européenne, successeur de la CEE.

A trois, Helmut Kohl, François Mitterrand et Jacques Delors permirent les trois grandes transformations politiques du continent, dans la foulée de la chute du mur de Berlin en novembre 1989: la création du marché intérieur européen grâce à la signature de l'Acte unique en février 1986; le lancement de l'euro rendu possible par le Traité de Maastricht en 1992, puis l'élargissement aux ex pays communistes d'Europe de l'est et de la baltique, acté en 1993 au sommet de Copenhague.

Trois étapes décisives marquées, en arrière plan, par une coopération franco-allemande inédite entre le Chancelier né en 1930 et le président Français né en 1916, qui tous deux, avaient traversé la seconde guerre mondiale. La fameuse photo des deux hommes, main dans la main à Verdun, le 22 septembre 1984, est restée comme l'incarnation de cette complicité mise ensuite à l'épreuve par la réunification allemande.

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Les fractures de l'UE

Comment dire toutefois, dans l'hémicycle du parlement européen de Strasbourg où s'affrontent si souvent députés fédéralistes et souverainistes europhobes, le délitement de cette ambition communautaire dont Helmut Kohl et François Mitterrand avaient fait le ciment de leur action ? Comment dire les fractures de l'UE, et la division est-ouest renouvelée sur fond de crise des migrants et de résurgence inquiétante des nationalismes, devant le cercueil de l'ancien chancelier recouvert du drapeau européen bleu étoilé, avant d'être acheminé par hélicoptère vers Ludwigshafen puis par le Rhin vers la ville allemande de Spire, dans le Land de Rhénanie-Palatinat, où auront lieu les obsèques ?

Et comment ne pas voir le spectre de la «vieille Europe» malmenée dans les interventions de Jean Claude Juncker - l'ancien premier ministre luxembourgeois qu'Helmut Kohl surnommait «Junior» lors des Conseils européens dans les années 90 - ou de l'ancien premier ministre espagnol Felipe Gonzales ? Lesquels s'exprimeront devant la première ministre britannique Tereza May, le négociateur en chef communautaire du Brexit, le Français Michel Barnier et le premier ministre russe Dimitri Medvedev.

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Le souvenir de Simone Veil

Coïncidence du calendrier, cet hommage solennel à Helmut Kohl est rendu au lendemain de la disparition de l'ancienne ministre Simone Veil, qui présida le parlement européen de 1979 à 1982, qui sera pour sa part honorée mercredi aux Invalides, à Paris. Deux disparitions, au moment où le président français Emmanuel Macron s'efforce de ré-insuffler du rêve européen dans son pays, et compte s'appuyer sur Angela Merkel pour relancer le fonctionnement de l'UE contesté de l'intérieur.

Lourd héritage et rude ambition pour la prudente chancelière allemande, qui parvint à la tête de son pays après avoir brutalement lâché l'ex chancelier accusé dans l'affaire des caisses noires du parti chrétien-démocrate CDU (Kohl ne lui pardonna jamais, et sa veuve a même exigé en vain qu'Angela Merkel soit absente des cérémonies): «La situation de paix qui a prévalu en Europe constitue un bien exceptionnel, mais aucun de nous ne saurait sous-estimer sa fragilité» avait déclaré Simone Veil en accédant à la présidence du parlement européen, dans cette même ville de Strasbourg, le 17 juillet 1979.

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