Nombre d’acteurs politiques craignent la réussite des négociations

Le président américain, Barack Obama, et son homologue iranien, Hassan Rohani, paraissent bien décidés à conclure un accord sur le programme nucléaire de Téhéran. Mais un tel succès ne serait pas du goût de tout le monde. Revue des forces hostiles ou plus simplement méfiantes.

Israël, une opposition radicale

L’Etat hébreu veut absolument rester la seule puissance nucléaire du Proche et du Moyen-Orient. Il n’est dès lors pas question pour lui de laisser l’Iran se doter de capacités approchantes. Même pas dans le cadre d’un programme civil, qui peut tôt ou tard servir de base à des projets militaires. Ses autorités s’opposent donc résolument à tout accord ne prévoyant pas un démantèlement complet du potentiel de Téhéran.

«Il y a peu de risques que les Iraniens larguent un jour une bombe atomique sur Israël, précise Mohamed-Reza Djalili, professeur émérite de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève. Ils en recevraient 200 en retour! Mais l’Etat hébreu craint que l’élévation de l’Iran au statut de puissance nucléaire ne pousse d’autres pays de la région à nourrir la même ambition et qu’elle ne lance une vaste course aux armements là où il dispose pour l’instant d’un monopole stratégique.»

Arabie saoudite, l’ennemi intime

L’Arabie saoudite s’avère aussi hostile qu’Israël à un accord mais pour des raisons différentes. «Riyad craint moins l’acquisition de la bombe par Téhéran que le retour de l’Iran dans la mouvance américaine, souligne Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite au Centre national (français) de la recherche scientifique. Un tel développement mettrait fin à une longue relation d’amitié privilégiée avec Washington.»

Un accord entre Washington et Téhéran serait d’autant plus difficile à digérer pour Riyad qu’il représenterait un défi idéologique majeur. Il renforcerait la principale puissance chiite de la région au détriment du pouvoir sunnite dont l’Arabie saoudite se veut le champion. Et il favoriserait le rayonnement de la culture iranienne qui, pour paraître conservatrice aux yeux des Occidentaux, s’avère beaucoup moins rétrograde que la saoudienne.

La Russie, alliée et concurrente

La Russie entretient de bonnes relations avec l’Iran, et ce depuis des décennies. Elle compte sur lui, de plus, pour lutter contre l’extrémisme sunnite qui menace ses intérêts en Asie centrale et son territoire dans le Caucase du Nord. Elle a par conséquent de bonnes raisons de souhaiter la stabilisation de son voisin. Mais elle en a d’autres de redouter sa normalisation.

L’accord attendu sur le nucléaire ne manquerait pas de rapprocher Téhéran de Washington, ce qui comporterait des risques pour Moscou, surtout en ces heures de regain de tensions autour de l’Ukraine. Il permettrait par ailleurs à l’Iran d’exporter davantage son pétrole et son gaz, ce qui aurait pour effet de baisser les prix de ces produits sur le marché mondial au détriment de la Russie, autre grand vendeur d’hydrocarbures. Bernard Hourcade relativise cependant cet inconvénient. «La demande de pétrole et de gaz est immense, explique-t-il. Il y a de la place pour tous les producteurs.»

Le Congrès, en quête de voix

La classe politique américaine, républicains et démocrates confondus, est en principe opposée à toute entente avec Téhéran. Une posture qui s’explique par la détestation qu’inspire l’Iran aux Etats-Unis et les suffrages qu’y rapporte toute dénonciation du régime des mollahs. Ce petit jeu est cependant brouillé cette fois par la stratégie de la Maison-Blanche. Barack Obama rêve de conclure le fameux accord, qui représenterait un événement majeur et son unique succès sur la scène proche et moyen-orientale en six ans de présidence. Certains démocrates se disent qu’ils pourraient en profiter lors des prochains scrutins, alors que les républicains estiment qu’il s’agit là d’une raison de plus pour s’opposer à l’opération.

Les conservateurs iraniens, des intérêts à sauver

Une opposition à l’accord existe aussi à Téhéran. Les conservateurs iraniens ne souhaitent pas plus un succès au président modéré Hassan Rohani que les républicains américains ne souhaitent une victoire à Barack Obama. Et puis, des acteurs de poids ont profité des sanctions internationales et voient d’un mauvais œil leur levée. Tel est le cas des gardiens de la révolution dont les activités économiques ont prospéré ces dernières années grâce à leur accès à diverses facilités. Mohamed-Reza Djalili en est convaincu: «Ces gens ne pourront pas résister à la concurrence le jour où les entrepreneurs privés auront à nouveau le droit de commercer librement avec l’étranger.»