Le chiffre est désormais de 274 millions: le nombre de personnes parlant français dans le monde. A trois semaine de son Somment, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a publié son pré-rapport sur «La Langue française dans le monde» – le volume complet paraîtra le 15 novembre. L’exercice se reproduit désormais tous les quatre ans: devenu un fameux livre à couverture jaune, le précédent rapport avait été diffusé avant le Sommet de Montreux en octobre 2010.

Donc, en quatre ans, le nombre de francophones a augmenté de 7% en moyenne mondiale, soit environ 13 millions de personnes en plus, pour un total de 274 millions d’âmes. La hausse s’est élevée à 15% en Afrique subsaharienne, 30% dans certains pays tels que le Bénin, le Burkina Faso le Cameroun ou le Sénégal. Précision utile, ces données étant délicates par nature: les analystes ne prennent pas en compte la totalité des populations où le français aurait un statut officiel, comme le Togo. Ils dressent une échelle de proportion des francophones par pays, ce qui paraît, au moins au premier abord, plus précis. Ils notent d’ailleurs que dans le cas du Mali et du Sénégal, «le bambara et le wolof limitent les usages du français». Mais globalement, la progression de la langue est liée aux avancées de la scolarité dans les pays d’Afrique subsaharienne.

Cinquième langue du monde

En nombre de locuteurs, le français est la cinquième langue du monde, après le mandarin, l’anglais, l’espagnol puis l’arabe ou l’hindi, selon les sources. En combinant des chiffres de blogs, de réseaux sociaux ou de sites commerciaux, les experts affirment que le français est le quatrième vocable d’Internet. Il est estimé par les milieux d’affaires comme la troisième langue du commerce. Les seuls pays de l’OIF, soit 77 membres ou observateurs, représentent 14% de la population mondiale, la même part du revenu brut mondial, et 20% des échanges commerciaux. 45% des francophones se trouvent en Europe de l’Ouest; 32% dans la zone de l’Afrique subsaharienne et du Pacifique; et 10% en Afrique du Nord.

L’estimation quadriennale de l’OIF pourrait apparaître comme un ronronnant satisfecit en préambule aux tractations politiques des chefs d’Etat colloquant au Sommet. Mais les analystes ont quelques arguments pour parler de croissance de la langue. Outre la progression scolaire en Afrique, ils relèvent que le nombre de gens qui apprennent le français comme langue étrangère augmente également. De 6% au niveau global, même s’il y a une baisse en Europe (-8%). Sur ce continent, les «gros bataillons» d’élèves se trouvent en Italie, Allemagne, Roumanie et Espagne.

Les auteurs notent que le nombre d’apprenants est élevé en Afrique du nord, en particulier en Algérie, Egypte, Maroc et Tunisie. Ils soulignent que «cette région du monde est celle qui concentre aussi la plus grande part (44 %) des apprenants inscrits dans les Instituts français, témoignant ainsi d’un choix volontaire explicite». Ils signalent aussi les évolutions de la langue, comme le «français ivoirien». Et ils soulignent l’importance stratégique des secteurs des technologies et de l’économie, domaines dans lesquels les commissions spécialisées doivent «accompagner l’évolution de la langue».

Fin novembre, pour les responsables de l’OIF, le Sommet de Dakar consistera à choisir un nouveau secrétaire général, après Abdou Diouf. Chiffres à l’appui, l’ancien président sénégalais a toujours dit que l’avenir du français se joue en Afrique. Dans sa préface à l’édition 2014 du rapport, il se montre encore plus direct: «Ce sont désormais les Africains qui décideront de l’avenir de la Francophonie.»