Du jamais vu depuis dix ans! Le nombre des réfugiés et des personnes relevant de la compétence du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a diminué l'an dernier de 18% pour atteindre 17,1 millions d'individus. Dans l'histoire de l'agence onusienne créée en décembre 1950, il faut remonter à 1991, à la veille de l'éclatement de la Yougoslavie, pour trouver un chiffre inférieur (voir graphique ci-dessous). Bien qu'elles concernent des êtres humains confrontés à une infinie détresse, ces statistiques – rendues publiques jeudi, à la veille des célébrations mondiales de la Journée du réfugié, le 20 juin – sont encourageantes. «Particulièrement pour les cinq millions de personnes qui, au cours des dernières années, ont pu regagner leur chez-soi ou trouver un nouvel endroit pour reconstruire leur vie», a commenté le haut-commissaire Ruud Lubbers.

«Au vu des chiffres des dernières années, et surtout par rapport au pic atteint en 1994 en pleines guerres balkaniques, on peut effectivement dire que 2003 a été une «bonne» année, relève le porte-parole du HCR, Kris Janowski. Toutefois, met-il immédiatement en garde, «la crise gravissime qui a éclaté dans la province soudanaise du Darfour en ce début 2004 et qui a déjà provoqué les déplacements au Tchad de plus de 150 000 personnes, risque hélas de faire remonter les chiffres cette année.»

Cela dit, commente encore Kris Janowski depuis le QG genevois du HCR, «il est évident que depuis quelques années, nous avons assisté à des changements politiques et militaires majeurs qui ont nettement influé sur le nombre des réfugiés dans le monde. Pensez simplement à la Bosnie, où, après les accords de Dayton de fin 1995, un million de personnes sont rentrées chez elles; à l'Afghanistan, où depuis la chute des talibans, près de 3 millions d'Afghans ont fait le voyage du retour, malgré une situation sécuritaire précaire. Idem en Irak, depuis la chute de Saddam Hussein.»

Sur un plan plus général, explique encore Kris Janowski, le rapatriement reste la solution préférée du HCR. Mais il est parfois impossible à réaliser. L'agence onusienne tente alors la «réinstallation» dans un pays tiers, comme ce fut le cas pour certaines populations de montagnards vietnamiens qui, après s'être réfugiés au Cambodge, se sont établis définitivement aux Etats-Unis. Troisième possibilité: l'intégration locale. Elle concerne des réfugiés qui n'ont aucune chance de repartir, comme ces Guatémaltèques que le Mexique a accepté de garder sur son sol. Mais, déplore Kris Janowski, «nous connaissons aussi des situations sans issues». Et de citer ces 100 000 Bouthanais littéralement «bloqués» au Népal depuis des années, tout comme le sont ces milliers de Karens de Birmanie «oubliés» en Thaïlande.

A la veille de la Journée du réfugié, Kris Janowski relève encore un paradoxe très occidental: celui du durcissement des législations sur l'asile dans les pays développés. «Un durcissement qui intervient souvent alors que le nombre des réfugiés est justement à la baisse», comme c'est le cas aujourd'hui. «Mais vous savez aussi bien que moi que la question de l'asile joue un rôle électoral très important sous nos latitudes.»